Publié dans Les livres qui marquent

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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Mathilde revient sur les lieux qui ont marqué son adolescence et sa jeune vie d’adulte émancipée, elle se souvient. Elle se souvient de Paulot, son père, centre de toutes les attentions au village, jusqu’au jour où Paulot soit atteint de tuberculose. Il est envoyé à Aincourt, puis sa mère et là c’est le drame, la famille se délite complètement.

Les assistantes sociales, la ruine, la pauvreté, la faim tout ce que Mathilde va connaître seule, elle va lutter envers et contre tous pour retrouver la sérénité familiale, elle va y croire, elle va s’user, elle, la petite fille invisible, elle va devenir le pilier de la famille.
On suit ainsi Mathilde dans sa quête du bonheur, pendant les Trente Glorieuses, il y a pourtant des oubliés, des familles qui ne verront pas la France prospérer. Mathilde est dans son village, elle tente de s’échapper de ce carcan, prise dans un étau, quitter ce village de la honte et c’est à la fois l’endroit de la maison, de l’ancre, où tout vous ramène.

C’est un très beau roman, une écriture simple et puissante à la fois. C’est aussi très poétique, j’ai beaucoup aimé le chapitre de la « fille étymologique ». Ce n’est pas forcément le plus facile mais c’est aussi beau et plein de force et d’espoir. Le sujet est difficile, on ne rit pas, les drames s’enchaînent, mais le roman est plein de tendresse. Cette jeune fille toujours debout est tellement forte, qu’on veut la suivre, qu’on y croit pour elle, qu’on se dit qu’elle va y arriver. Pas de pathos, parce que justement cette jeune fille ne joue jamais les misérabilistes, elle a sa fierté, quelle leçon de vie ! Le lecteur tranquillement plongé dans sa lecture ne connaîtra peut-être pas autant de difficultés dans sa vie, mais cette jeune fille est une force de la nature, un exemple à suivre. Se dire qu’il y a une solution à tout.

C’est émouvant aussi cet amour que Mathilde porte à son père, cet amour de la famille quitte à oublier sa vie personnelle. Pendant ce temps Mathilde ne vit pas vraiment, elle survit. On apprend aussi beaucoup sur la manière de traiter les malades de la tuberculose, la Sécurité Sociale qui fait ses débuts, la guerre d’Algérie en arrière-plan.

Un roman magnifique, fort, émouvant et tendre.

Publié dans Les livres qui font du bien

Elizabeth et son jardin allemand – Elizabeth Von Arnim

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C’est l’histoire d’une mère de famille anglaise mariée à un allemand, elle réside dans une demeure au nord de l’Allemagne, dont le principal atout est jardin.
Excentricité ou passion envahissante ? Question de point de vue.
Ce roman traite de différentes choses, la vie d’une mère de famille, isolée dans sa demeure, mais qu’on ne s’y trompe pas Elisabeth adore la solitude, elle aime également ses trois filles espiègles, innocentes et naïves. Outre les liens d’une mère envers ses enfants, on y voit aussi les liens qui unissent Elisabeth et son mari l’Homme de Colère , qui en dit long sur la relation qui les unit. Elle fait le portrait d’un homme qui semble avoir peu d’estime pour les femmes, témoignage de la condition féminine au XIXe siècle.
Mais pour Elisabeth, rien ne compte autant que le jardin, l’amour des fleurs, le pari de faire pousser des rose-thé hors des serres. Une obsession pour elle, des erreurs nombreuses, quitte à passer pour une excentrique, cette lubie lui coûte beaucoup mais c’est en quelque sorte sa revanche sur son mari, la société, un pied de nez à tous. Et c’est là que se trouve son bonheur.
Bonheur quelque peu troublé par l’arrivée de deux amies qui vont cependant égayer les soirées de conversations animées, drolatiques.
J’avais adoré Avril enchanté, pour cette insouciance, ce calme et cette quiétude qu’on peut trouver dans un jardin, un vrai havre de paix. On retrouve les ingrédients magiques, c’est doux, même l’hiver fait envie dans ce lieu. On respire avec Elisabeth les fleurs de son jardin, on contemple avec ravissement les harmonies de couleurs, qu’on soit amateur de jardin ou non, on admire cet endroit.
A lire pour se délasser au soleil et savourer un instant de bonheur.

Publié dans J'ai adoré

La maison des hautes falaises – Karren Viggers

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C’est l’histoire de Lex, qui achète une maison, éloignée de la ville, dans un village, sur une falaise avec une vieille femme pour voisine, qui a un paon comme animal de compagnie. Il rencontre une jeune femme dans le village : Callista, elle aussi a été blessée par la vie. De leur rencontre naît un amour fulgurant, cependant les deux adultes sont trop blessés pour se comprendre et pour s’aimer librement.
Au départ, on pense à une romance, tout semble concorder vers une fin heureuse, mais le roman est plus long, plus complexe. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’amour, à ce sujet se greffe d’autres sujets. Ce roman, c’est la vie en communauté, dans un village, les rapports familiaux, les secrets, la vie de couple, ce que l’on montre et ce que l’on garde caché. Tout ceci fait qu’on a bien plus d’une romance. Un vrai roman sur la vie , sur sa complexité.
Et le clou du spectacle arrive quand une baleine s’échoue sur une plage, nos deux héros vont affronter ensemble une nouvelle épreuve décisive. Ce moment est très documenté, très précis, tous les enjeux d’un sauvetage de baleine, sa complexité, notre orgueil d’humain, en fait c’est cela qui est intéressant, au-delà de l’histoire, on peut dire qu’il y a de la philosophie, une réflexion profonde sur nos décisions, nos motivations, la nature humaine.
C’est vraiment étonnant comme ce roman est riche, comme il nous surprend. Les paysages décrits semblent époustouflants, on change régulièrement d’ambiance, de la mer, on passe à la campagne australienne. Ces changements de décor reflètent également les événements surprenants qui attendent le lecteur au détour d’une page.
Le roman est assez lent, le lecteur prend le temps de respirer le grand air des paysages, mais on ne s’ennuie pas du tout.
Un roman dépaysant et intéressant, on se retrouve spectateur dans ce village et dans cette maison à l’histoire particulière.

 

Publié dans J'ai aimé sans plus

Mort aux cons- Carl Aderhold

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L’histoire commence sur les chapeaux de roues, on est vite plongé dans ce récit assez atypique. Un homme qui revendique dès le début qu’il tue des cons. Le titre est assez explicite aussi.
C’est original, surtout que le personnage commet ses actes en toute impunité ! Donc c’est assez drôle, on se dit presque que pour certains c’est bien fait pour eux. C’est assez drôle, c’est assez radical, pas de morale qui tienne, donc forcément ça déroute un peu. On se prend au jeu.
Et puis, il ne se passe plus grand-chose, les meurtres s’enchaînent mais je n’ai pas trouvé de grand intérêt à tout cela, cela manque de souffle, les meurtres s’enchaînent et n’apportent rien de nouveau. On s’ennuie un peu. On ne laiche pas complètement car on se demande comme tout cela va se terminer, les crimes resteront-ils impunis ? Le meurtrier va-t-il se trahir ?
Et il faut bien le dire, après autant de meurtres et des idées aussi arrêtées, le personnage est de plus en plus antipathique, un vrai con ! On a hâte donc que cela finisse, car il devient insupportable.
Une idée intéressante, mais un roman bien trop long pour le message, de plus le texte est ponctué de réflexions diverses sur la politique, le terrorisme, la société, le travail, mais finalement le message est brouillé, peu clair, rien n’est approfondi. Je trouve que c’est taillé à l’emporte-pièces et que cela manque de nuance.
Une lecture pas désagréable, une idée pour le moins originale.

Publié dans Les livres qui apprennent, Les livres qui marquent, Non classé

Romain Gary s’en va-t-en guerre -Laurent Setsik

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C’est l’histoire de Romain Gary comme le titre l’indiqué mais plus particulièrement de deux jours dans la vie enfantine de l’écrivain à Wilno avec sa mère mais aussi confronté à la réalité d’un père qui se détache, qui reconstruit sa vie et qui abandonne son fils.

Voilà ce qu’on peut résumer grossièrement car en réalité tout cela est beaucoup plus fin. L’auteur écrit l’histoire de la mère et du père de Romain. Une mère qui apparaît comme excentrique, loufoque, extrêmement tendre avec son fils, une relation fusionelle. Et de l’autre côté, le père qui apparaît fuyant de ses responsabilités car pris détache ans un étau par la société,  par détache ans eux femmes qui demandent son attention, mais surtout un père aimant et fier de son fils. Entre les deux évidemment on trouve Roman, qui a du mal à se trouver entre ces deux un personnalités,  il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Une attraction terrible l’attire vers ce père,  il veut croire en lui.

Roman va tout découvrir sur ce pere, cette vérité qu’on veut cacher à un enfant lors de cette petite fugue, lorsqu’il va sécher l’école pour parcourir la ville. Et c’est là que j’ai véritablement apprécié le roman, dans ces portraits brosses par l’auteur des personnages que rencontré Roman. L’enfant va être confronter à la dure réalité de la vie, du mal des adultes, de la haine des juifs qui se développe en 1925. On trouve beaucoup de poesie, l’eau rencontré avec Macha, la jeune fille que tout le monde prend pour une folle mais qui en réalité est pleine de sagesse, qui a compris le monde, sa dureté. Il y aussi le Rabbin, sage qui tente de rassurer le petit garçon sur le sens de la vie.

Toutes ces rencontres vont forger le petit garçon et après ce court voyage initiatique, il aura tout compris et en sera à jamais transformé :  » J’ai vu ce que mes pères ont vu, je n’ai plus dix ans et demi, j’en ans quatre-vingts. » Cette vue du monde par un petit garçon est attendrissante, poétique, une prise de conscience très dure, poignante. C’est à ce moment qu’on se dit que ce garçon ne peut être comme les autres.

Un roman qui donne envie de lire Romain Gary à l’aune de cette image du père.

Publié dans J'ai adoré, Les livres qui apprennent

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant – Bernard Prou

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Comme le titre l’indique, c’est l’histoire de la vie de Maupassant ou pour être plus exacte, on commence la lecture par la fin de la vie de Maupassant et sa rencontre avec Loubia Vassilkov. De cet amour naîtra leur fils Alexis, non reconnu par son père.

Après la mort de Maupassant, Loubia rentre en Russie, on va ainsi traverser le XXe siècle, et l’Europe à travers la vie de ce fils à qui il arrive des choses incroyables. L’histoire du XXe siècle est en effet mouvementée, d’un goulag en Sibérie, on retourne en France pendant la Deuxième guerre mondiale.

Ce roman est palpitant, si l’on aime les fresques historiques et qu’on veut apprendre des choses dont personne ne parle mais qui semble très documentée par l’auteur, vous avez fait le bon choix. Après on a aussi, un côté très romanesque, l’auteur arrive à donner de l’ampleur à son personnage, il en devient un héros mesuré après tant d’aventures, de malheurs.

Ce qui est très plaisant c’est aussi le style de l’auteur, très imagé, très drôle aussi, des scènes qui sont données à voir par des images très claires et un vocabulaire peu usité parfois vieilli mais ce qui rend le roman très agréable.

On apprend beaucoup de choses sur Lénine, la franc-maçonnerie, Loubia Vassilkov, la résistance dans le Chambon, vous ajoutez des secrets de famille et vous avez vraiment tous les ingrédients pour passer un agréable moment avec un personnage hors du commun.

Publié dans J'ai bien aimé

L’ombre de nos nuits – Gaëlle Josse

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L’ombre de nos nuits, c’est en réalité deux histoires, celle du peintre De La Tour qui peint Saint Sébastien et l’histoire contemporaine d’une femme qui conte son aventure avec un amour perdu en lequel elle a longtemps cru contre vents et marées. Une histoire sur la réception d’un tableau à son époque et à notre époque. Une histoire d’amour filiale d’un côté, un besoin de reconnaissance professionnelle et de l’autre une histoire personnelle, amoureuse et passionnelle. Des siècles les séparent mais ce tableau a un pouvoir de fascination incroyable.

Dans le récit du peintre, on trouve aussi celui de son apprenti, alternent donc trois récits et parfois on est tellement pris dans la narration que l’on est parfois un peu perdu dans toutes ces voix. C’est intéressant de voir tout le processus de création d’un tableau du XVIIe siècle.

Le récit de la femme qui voit ce tableau quelques siècles plus tard, qui entre dans une contemplation telle qu’il la pousse à revivre son histoire d’amour avec un homme dont elle est séparée. C’est le personnage d’Irène qui cet air si doux, si protecteur et concentré, pas de trouble de sa part. Elle se remémore tout ce qu’elle a enduré par amour, tout ce qu’elle n’a pas voulu voir, ce qu’elle a tu… C’est assez beau et si juste, cette manière d’accepter par manque de volonté, par confort. Une sensibilité féminine dans l’écriture qui se ressent à tout instant.

Un roman simple mais extrêmement dense du point de vue des sentiments, de la perception de l’amour. Rien de complexe mais des histoires comme il doit en exister des milliers. Une lecture touchante.