Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

51SuNX2sUdL._SX210_Le gang des rêves – Luca Di Fulvio, Pocket, 04/05/2017

Un auteur dont j’entends beaucoup parler, encore jamais lu, je me suis dit qu’il était temps, les avis sont généralement positifs autour de ce roman, et le mien ne fera pas exception à la règle. 

L’histoire c’est celle de Cetta, une italienne, qui quitte l’Italie pour offrir une vie meilleure à son fils : Christmas ! Drôle de nom ! Mais évidemment, le rêve américain, c’est beaucoup de désillusions, jusqu’à ce que la vie de Christmas soit bouleversée par sa rencontre avec Ruth, une jeune juive qu’il rencontre dans de sombres circonstances, mais tous les deux vont se lier et s’aider, se soutenir, devenir l’un pour l’autre une raison de poursuivre. Mais les choses ne se passent jamais comme dans nos rêves.

J’ai vraiment aimé ce roman, d’une part, j’apprécie que ce soit un long pavé, car on s’immerge totalement dans une ambiance pour un long moment, on découvre les personnages. Et la force de ce roman, ce sont les personnages, le héros évidemment est un être qui nous éblouit par son courage, sa ténacité et son talent : celui de raconteur d’histoires. Mais ce n’est pas tout, le roman ne serait rien sans les personnages secondaires, Cetta la mère dont on suit les aventures au début et sa rencontre avec Sal, le mafieux au cœur tendre. Tous ces personnages sont attendrissants et ont un rôle à jouer, même l’énervant Joey.

Et c’est aussi une formidable fresque sur New-York dans les années 20, la mafia, les gangsters, les arnaques et l’espoir de s’en sortir. Rien n’est propre dans ce roman, on vit avec le personnage dans les bas-quartiers, toute une ambiance, la ségrégation, les clans, le racisme, l’antisémitisme, la prohibition, le sexe. Rien n’est laissé de côté, tout est dit. Le lecteur n’est jamais bercé d’illusions, si les choses peuvent se terminer de manière favorable pour les personnages, l’auteur aura eu le plaisir de traîner les personnages dans des malheurs terribles, nous laisser découvrir leurs travers, leurs déchéances. Mais c’est un roman résolument optimiste, et Christmas nous guide dans cette épopée new-yorkaise. 

J’ai adoré de l’histoire à l’écriture, on passe un bon moment. Une bonne immersion dans New-York, loin d’une image idéalisée, et on voyage aussi en Californie, on découvre Hollywood et les bas-fonds, le revers de la médaille. On voyage donc aussi pas mal dans le roman, on suit différents personnages, des époques différentes et tout cela crée chez le lecteur une envie de poursuivre, de plonger encore et encore et connaître le fin mot de l’histoire. 

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Vrac – lectures mitigées

J’essaie de retranscrire ici tous mes avis de lecture, en général, je ne lis que ce qui me fait envie et j’aime généralement beaucoup de mes lectures, mais parfois, je sèche un peu, je n’adhère pas vraiment, alors je passe…

51foyivib-l-_sx195_C’est le cas de cette lecture, Le pays des rêves oubliés de Lavinia Petti, 2017, éditions du Seuil. Je l’ai abandonnée au milieu du livre. 

C’est l’histoire d’un homme qui se rend compte qu’il a oublié une femme, cependant il trouve des traces de son passage dans sa vie, c’est alors qu’il fait le voyage pour Tirnaïl, afin de découvrir pourquoi ce souvenir a été oublié, c’est en effet le royaume des choses oubliées. 

Il va revoir cette femme et va devoir comprendre pourquoi il a choisi d’oublier, malgré ses deux compagnons de voyage, il va devoir affronter plusieurs pièges et déjouer les intentions malhonnêtes de nombreux personnages notamment le Comte… 

En fait, je ne saura dire ce qui m’a déplu dans ce roman, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’univers, j’ai même l’impression que je regrette le fait de ne pas connaître la fin, mais je ne prenais pas vraiment de plaisir à le lire ni à le reprendre. Il vaut mieux écourter afin de ne pas se dégoûter. C’est un univers onirique assez intéressant, peut-être n’est-ce pas mon genre de lecture, je ne suis pas très fantastique de manière générale. 

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Voici ma deuxième lecture : Hygge, se réjouir des choses simples de Pia Edberg, éditions Dunod, 2017. 

A la différence du premier, celui-ci, je l’ai terminé. J’étais curieuse de découvrir ce qu’était le Hygge dont tout le monde parlait l’hiver dernier, je me suis mise un peu à la page. Bon c’est une lecture rapide à faire, pas de grand bouleversement, en fait beaucoup de bon sens et surtout une manière de prôner le slow living en évitant tout ce qui est chronophage dans notre vie notamment les réseaux sociaux, tout ce qui est électronique, savoir tout simplement profiter de l’instant et profiter avec peu. 

Je n’ai rien trouvé de révolutionnaire, je n’aurai pas la prétention de dire que je pratiquai le Hygge de moi-même, mais j’ai pris quelques conseils, le reste est aussi beaucoup de bon sens. Je suis plutôt adepte du slow living de manière générale, même si cela est difficile à mettre en place dans notre vie de tous les jours. Un livre intéressant mais sans plus. 

Bakhita – Véronique Olmi

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Bakhita, Véronique Olmi, Albin Michel, 23/08/2017

Bakhita est un roman dont on a beaucoup entendu parler au moment de sa sortie, et petit à petit il s’est retrouvé dans les derniers carrés des prix littéraires, jusqu’à remporter le prix du roman Fnac. J’ai aussi beaucoup lu d’avis positifs de lecteurs. Je me suis laissée tenter par ce roman. 

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est tout d’abord la découverte d’une histoire incroyable. C’est une belle histoire qui commence dans la douleur et l’atrocité, en effet la jeune fille est enlevée dans son village du Darfour et à partir de ce moment, sa vie n’est plus qu’une tragédie. Impossible pour elle de retrouver d’où elle vient, même par la suite, elle oublie sa langue et son nom. De propriétaires en propriétaires, elle va œuvrer pour se retrouver en Italie, pays dont elle sent qu’elle sera protégée. Mais en Italie, c’est un peu la même chose, elle n’a pas vraiment d’identité, elle est toujours domestique, au service de quelqu’un. Tout va changer le jour, où une seule fois, elle osera dire non. Ce mot changera sa vie. 

J’ai aussi beaucoup aimé l’écriture, beaucoup de sensibilité et de belles phrases remplies d’émotion. C’est assez banal pour ce type d’histoire, mais c’est très poétique, c’est une façon de percevoir l’Afrique. Mais ce que j’ai aimé, dans le style de l’autrice, c’est la manière, dont, dans une seule phrase, une seule expression, elle scelle le sort du personnage, une phrase sans appel qui nous donne sans ambages le futur proche du personnage. De ce fait, on alterne entre la sensibilité de l’écriture, du personnage et des phrases très concises et précises. 

J’ai adoré dans ce roman c’est l’idée qui est développé, à savoir le regard de l’européen sur l’africain, cette manière de penser, de retirer toute humanité à l’autre, la manière dont on veut le soumettre. Bakhita ne dispose que peu d’elle même, en réalité, jamais elle ne fera de vrais choix, sauf une fois en vérité quand elle dira non. Du fait de sa couleur de peau, elle vit selon le bon vouloir d’une autorité qui changera beaucoup, qui se servira de prétexte différent. C’est ce qui fait qu’on a beaucoup d’empathie pour ce personnage, tous ses malheurs et en même temps cette force de caractère qui fait que jamais le personnage ne va ployer sous la tristesse. En réalité, c’est une vraie leçon ce roman, on ne peut enlever à quelqu’un son humanité, son espoir, sa vie intérieure qui est de plus en plus riche à mesure qu’on veut détruire le corps de l’autre. Bakhita ne ploiera jamais. 

Un roman passionnant, très intéressant, sensible. Une véritable épopée avec une héroïne extraordinaire. 

 

Le goût du bonheur – Marie Laberge

cvt_le-got-du-bonheur-tome-1-gabrielle_8703Le goût du bonheur, Gabrielle (tome 1), Pocket, 2007
C’est un roman que j’ai découvert, il y a peu, sur les chaînes de Margaud Liseuse et Lemon June, en librairie, j’ai été tenté pour ce beau pavé de 867 pages. Un livre qui vous tient compagnie pour un bon bout de temps. 

Le goût du bonheur, c’est une saga familiale, elle commence avec Gabrielle, la mère, une femme dans les années 30 au Québec, après la crise de 1929. La population est touchée massivement, la famille de Gabrielle aussi, mais étant privilégiée, elle va aider sa famille et petit à petit militer pour sauver le plus d’enfants possibles de la pauvreté et donc de la déscolarisation, de la maladie. C’est une femme qui a beaucoup de chance, elle a un mari aimant, une belle famille et la société est en plein changement, la politique, l’économie aussi, Gabrielle, elle, est prise entre deux feux, celle de la société qu’elle a toujours connue et dont elle voit les limites, coincée entre la morale de l’Eglise, encore toute-puissante, la position de la femme qui n’a pas son mot à dire dans la société. 

De ce fait, au-delà de la saga familiale, nous avons un roman avec des thématiques très différentes et cela ouvre beaucoup de réflexions sur cette période, je trouve que c’est un roman très féministe. D’une part les personnages centraux sont des femmes, Gabrielle évidemment et sa fille Adélaïde qu’on suivra plus particulièrement dans le deuxième tome. C’est très intéressant de suivre ces personnages et leur découverte d’un nouveau monde. Gabrielle est prise entre ses différentes identités, celle d’épouse, de femme qui attire et séduit les hommes malgré elle, c’est aussi une mère et pour ses enfants, elle est prête à tout, c’est aussi une croyante, et sa foi est mise à rude épreuve. Elle fait face à d’autres femmes, d’autres mentalités, ses sœurs moralement très droites, jusqu’à l’agacement et même se contredisant parfois, une amie Paulette qui a de nouvelles idées. Une belle galerie de personnages féminins qui incarnent toute une figure différente. 

Les personnages sont donc des types, parfois un peu caricaturaux, parce que un peu bornés, et sans nuances. Mais ce n’est pas un défaut, le personnage nuancé est le personnage principal, et si on devait se pencher sur les autres personnages, le livre ferait largement plus de 1000 pages. Donc on ne peut aller dans le détail pour les autres. Et cela changerait le propos du livre. Le plus de ce roman justement, c’est sa longueur, car on s’attarde bien sur la psychologie de Gabrielle et Adélaïde, le but de ce roman est de savourer l’ambiance du roman. Vraiment on prend du temps avec les personnages, d’ailleurs j’ai préféré les deux tiers du roman car les années s’écoulent lentement, alors que le dernier tiers est plus haché, beaucoup plus d’ellipses. Cela ne m’a pas gêné, mais j’ai adoré me trouver immerger dans cette maison familiale, partager leurs moments de joie ou de peine. C’est en plus essentiel pour s’immerger, débuter cette saga et s’attacher aux personnages. 

Ce qui est sûr c’est que je vais poursuivre la lecture des autres tomes, de plus comme une vraie saga, la fin du premier tome se termine de manière brutale et de manière très surprenante. Une vraie série qui se termine sur un rebondissement. Un roman que j’ai adoré et qu’il faut savourer. 

Petit pays – Gaël Faye

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Petit Pays de Gaël Faye, éditions Grasset, 2016
C’est un roman dont j’ai beaucoup entendu parler dans les médias, mais aussi et surtout par bouche à oreille, et à chaque fois, j’ai eu un retour positif. Je me suis enfin laissée tenter.

L’histoire est celle réelle de l’auteur, vivant au Burundi, en plein conflit guerrier et surtout au moment où le Rwanda pays voisin est en proie à une guerre intestine qui aboutira au génocide de 1994 des Hutu sur les Tutsi. Le narrateur est lui-même fils d’une rwandaise exilée de son pays, quelques membres de sa famille proche sont restés au Rwanda. 

Un récit très universel, outre l’histoire personnelle de l’auteur, on y voit aussi la vie d’un enfant en temps de guerre et ce récit malheureusement pourrait être celui d’enfants vivant dans les nombreux pays du monde en conflit. On y ressent les inquiétudes de l’enfance face aux nouvelles terribles qu’il apprend mais que souvent il ne comprend pas. En effet, en tant qu’adultes, on arrive à analyser les causes, les événements et on pressent bien tout ce qui annonce la catastrophe à venir. Mais l’enfant dans ce récit est le jeune garçon naïf qui ne comprendra que plus tard certaines tensions entre des personnages, des comportements qu’il analysera avec le recul qu’il aura une fois adulte. 

C’est aussi un récit très instructif, qui livre un témoignage méconnu sur le Burundi, on entend parler du Rwanda, mais peu finalement du Burundi et les conflits de cette époque. Le récit ne vise pas à tout dire, à analyser les causes du conflit, mais on apprend tout de même certaines choses, les faits nous sont relatés tels qu’ils se produisent, on en voit les conséquences surtout. On a quelques bribes de connaissances sur les raisons, sur les responsabilités du génocide, notamment le conflit précédent et les traces d’un premier génocide sous lequel couve le second, la responsabilité de la France, la non-intervention de la communauté internationale. Tout cela donne à réfléchir sur le sujet. Et rien de tel qu’un récit autobiographique. 

Mais malgré tout ce que j’ai pu en dire, ce n’est pas un récit géopolitique, c’est un récit dur, du fait de la guerre, des massacres, mais c’est terriblement beau. Les personnages dépeints, comme la mère, forte, indépendante et qui malmenée par la vie, anéantie sont vus à travers le regard de l’enfant, celui de l’amour mais aussi au travers ce regard cruel, sans concession. Gabriel, cet enfant, tiraillé par ses amis, ses parents essaie de mener une vie normale, et elle ne le sera jamais du fait des conflits, mais souvent la vie reprend ses droits, on essaie de faire la fête, lui-même a des préoccupations attendrissantes d’enfant : savoir qui est son meilleur ami, l’impressionner, avoir une amoureuse. C’est vraiment ce qui fait la force de ce roman, cette fragilité de l’enfance et cette dureté de la guerre. L’enfant, tout petit, inoffensif, face à la guerre, face au monde cruel des adultes, à la mort terrible, qui frappe injustement, en masse. 

Que d’émotions à la lecture de ce roman, c’est un récit simple, c’est-à-dire pas de pathos, rien de larmoyant, rein que la vie telle qu’elle est vécue par cet enfant. Et c’est vraiment beau.

Mon traître – Sorj Chalandon

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Mon traître de Sorj Chalandon, éditeur : Grasset, 2008
Pourquoi ce livre ? J’ai découvert Sorj Chalandon avec Une promesse, puis le Quatrième Mur et Profession du père. J’adore son écriture, les histoires poignantes racontées et je l’ai rencontré en librairie, j’ai beaucoup aimé, je trouve que c’est un bon raconteur d’histoires. Je compte tout lire, ou presque. Avant de lire son dernier livre, Le jour d’avant, je lis d’autres romans plus anciens. 

Mon traître, une histoire jouée d’avance ? Pas de grande surprise, le traître est nommé comme tel dès le début. Sur ses motivations, autant le dire tout de suite, on ne nous le révèlera pas, le lecteur aura quelques pistes. Mais on va surtout suivre l’histoire du narrateur, un luthier, qui tombe amoureux de l’Irlande, qui admire son combat. Et le luthier, français, va évidemment nouer des amitiés fortes avec les gens du pays, notamment Jim et Tyrone, le traître. C’est donc l’histoire d’une amitié trahie, des idéaux à défendre mais derrière la réalité : la guerre, des héros qui ne sont que des hommes.

Un roman fort et qui permet de comprendre que au-delà du conflit irlandais, on tient quelque chose de plus général. Il s’agit bien d’une histoire particulière, que l’auteur a lui-même vécu en tant que journaliste à l’époque, mais il s’agit aussi d’une histoire d’amitié et de trahison. Et toutes les questions qui peuvent en découler, être trahi, cela veut-il dire que l’on n’a jamais été ami ? On voit comment tous les repères que le narrateur avait s’effondre. Il a besoin de savoir. 

Le narrateur est un personnage touchant et agaçant à la fois, touchant car il se prend d’amour pour ce pays, il est très proche de ses amis, il s’investit pleinement, à sa mesure, dans sa participation au conflit. Mais il est aussi très naïf, très entier, il se prend presque pour un guerrier lui aussi, il éprouve la peur, le sentiment presque grisant du danger. Il vit ce sentiment étrange d’être intégré à cette bande et d’être toujours à part, l’étranger. Mais dans le même temps, on ne lui trouve que très peu de mérite, il vient en Irlande, mais il ne sait que très peu de choses de ses amis, de ce qu’ils font, courageux certes mais à sa mesure, car il ne craint jamais grand-chose. C’est vraiment ce sentiment que j’ai eu avec ce personnage, un grand enfant, un peu naïf. 

Mon avis sur le roman : j’ai adoré. J’aime toujours la plume de l’auteur, quelques phrases choc, très belles, j’en ai noté une (page 105) :
« Et que ces hommes qui dormaient dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. »
Pas de suspense dans le roman, mais une envie partagée avec le narrateur de connaître les raisons de cette trahison, de vouloir comprendre. Quelle place avait-il dans tout ça ? Un combat mené avec passion et finalement tout ça pour rien ? Beaucoup de questions, peu de réponses concrètes mais un cheminement à travers les pensées du narrateur.

A lire pour découvrir le combat de l’Irlande de l’intérieur, une guerre dans toute sa complexité, des idéaux mais une guerre tout de même, un message qu’il ne faut pas oublier.

Le ranch des trois collines – Leila Meacham

51z7dhlz0ul-_sx195_Le Ranch des trois collines de Leila Meacham, éditions Charleston, 2017, livre pris au hasard à la bibliothèque, mis en avant par les bibliothécaires. 

Une histoire qui commence de manière assez forte sur la naissance de deux enfants, un frère et une sœur, mais la mère ne veut qu’un enfant, le père doit abandonner l’un des deux. On se retrouve directement vingt ans plus tard dans la vie des deux enfants. C’est l’histoire de deux jeunes adultes qui vont découvrir le secret de leur naissance, qui vont entrer dans leur nouvelle vie d’adulte de manière fracassante, en plus des doutes que l’on peut avoir quand on veut travailler, quand on est amoureux, ils ont des doutes sur leurs origines et partent à la quête de leur identité. 

C’est une bonne saga familiale, on se laisse prendre facilement au jeu, on s’attache aux personnages, on en déteste d’autres, bref c’est une lecture assez facile détente. Pas trop de réflexions, tout est amené de manière à ce que le lecteur est vraiment en empathie avec les personnages. Parfois des rebondissements un peu faciles laissent un peu perplexes, mais bon, il ne faut pas trop se poser de questions et se laisser bercer. Je dirai presque c’est un roman un peu feel-good, tout est bien qui finit bien. On ressort de cette lecture optimiste, et pour une fois, ça fait du bien. 

Je pense que c’est la lecture à faire pour changer un peu, après une lecture un peu trop lourde ou intense. C’est un roman plein de bons sentiments, pourtant on ne sombre pas dans le pathos et pas trop dans le niais non plus. Un peu de secrets, de gros secrets de famille, des egos blessés, des ambitions à concrétiser, des rêves à réaliser, des trahisons et vous avez la recette d’un bon roman qui vous emporte, loin dans le temps : au début du XXe siècle, loin aussi géographiquement, on se trouve près de Dallas, on découvre les ranchs texans et la grande épopée du pétrole qui commence. Une lecture très plaisante en définitive, pas de prise de tête, une bonne saga pour s’aérer. 

 

Le bureau des jardins et des étangs – Didier Decoin

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Le Bureau des Jardins et des Etangs – Didier Decoin, Stock, 2016
Un roman qui m’a beaucoup intrigué par son titre très poétique, j’aime beaucoup le genre, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer et pour l’emprunter.

Le roman raconte l’histoire de Miyuki, jeune femme vivant au Japon au XIIe siècle, dans une province reculée, loin de la demeure de l’empereur. C’est pourtant là que le mari de Miyuki, Katsuro apportait les carpes qu’il pêchait pour les acclimater dans les étangs sacrés de l’empereur. Mais Katsuro est mort, noyé dans la rivière, les carpes attendent d’être livrées. Miyuki courageuse et voyant par là une occasion de faire revivre son mari une dernière fois en expérimentant le trajet qu’il faisait chaque fois. Cette femme seule va livrer les carpes, au péril de sa vie, de son honneur, prête à tous les sacrifices pour atteindre son but.

C’est une histoire vraiment intéressante, le lecteur est tendu vers l’objectif de Miyuki, partageant ses pensées, ses décisions pour arriver au terme de sa quête, on est aussi dans les pensées d’une paysanne, qui ne comprend pas tout ce qu’elle découvre hors de son village, une société dominée par les hommes où cette femme va tenter de se frayer un chemin. Cela ne va pas être évident, elle va être souvent méprisée, mais sa force de caractère va la pousser à aller au bout d’elle même. 

On se prend vraiment d’affection pour cette femme, elle est comme un modèle de persévérance, elle n’est pas plus forte que les autres mais elle a été la femme d’un homme qu’elle a profondément aimé, mystérieux, mais qui lui a donné cette force. C’est assez beau comme histoire, elle rend un dernier hommage à son mari. De plus, j’ai trouvé que le roman est bien documenté, on se croirait vraiment à cette époque, c’est très vivant. Et dans le même temps, le but de cette quête, l’existence même de ce bureau des Jardins et des Etangs, le concours de parfum qui aura lieu par la suite, tout cela donne beaucoup de poésie à ce roman. 

L’écriture est très réaliste, rend vivant ce récit, en revanche, il peut peut-être choqué les âmes sensibles, car le sexe est aussi très présent, ce serait-ce que par la présence des courtisanes, mais pas seulement Miyuki va décrire ses expériences sexuelles avec son mari. Tout cela est très détaillé, je n’ai pas trouvé cela choquant, le vocabulaire est cru, souvent même, mais en même temps rien qui ne soit très extraordinaire non plus, rien de malsain. En fait dans le roman, tout est sensuel, tout ne passe pas par la vue, sens qu’on développe le plus en général dans un roman, mais ici, les odeurs, le toucher sont tout aussi importants, le goût également. J’ai l’impression que ce roman est une expérience des sens, une vraie sensualité se dégage et de ce fait le sexe renforce ce thème, cette impression. 

J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire, cette femme, cette traversée dans le Japon du Moyen-Age. Une lecture qui change. A lire pour s’ouvrir de nouveaux horizons. 

 

Ma cousine Rachel – Daphné Du Maurier

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Ma cousine Rachel – Daphné Du Maurier – Livre du poche – 2002
Je connaissais Daphné du Maurier avec Rebecca, j’avais beaucoup aimé cette ambiance et surtout j’en garde un souvenir très fort. Un livre qu’on voit beaucoup en ce moment grâce à la sortie du film cette année. 

Ma cousine Rachel, c’est l’histoire d’une femme  qui va bouleverser la vie d’une famille et plutôt particulièrement deux hommes, le premier avec lequel elle se marie en Italie. Et le deuxième homme n’est autre que le protégé du premier, son neveu, qui est resté administrer le domaine en Angleterre. Mais Ambroise, l’oncle meurt en Italie, et la jeune veuve Rachel arrive en Angleterre. Quelles sont ses intentions ? Une chose est sure c’est que Philipp, le jeune neveu ne l’aime pas. L’accueil est glacial, mais Rachel est une femme qui ne semble laisser personne indifférent.

Ce livre est rempli de tensions, on ne peut le lire sans être sous pression constante, d’une part parce que l’arrivée d’une femme dans la maison tenue par deux hommes, qu’aucune femme ne tient depuis bien longtemps, va bouleverser le quotidien de Philipp, surtout qu’elle arrive dans un contexte difficile ; la mort d’Ambroise. Le personnage principal, dont on suit les pensées, va avoir beaucoup de difficultés à surmonter cette épreuve, et à apprivoiser ses sentiments, de la haine à l’amour, le jeune homme est en proie à de nombreux doutes. Rachel est un personnage très équivoque, elle est une sorte d’enchanteresse, elle séduit tout le monde, malgré ses nombreux défauts, on ne sait pas trop quel parti prendre entre la naïveté de Philipp, le côté dépensier de Rachel, mais lequel est le plus machiavélique des deux ? 

C’est toute la magie du roman, rien n’est tout blanc ni tout noir, rien n’est acquis pour le lecteur, tout est mis en doute :  la parole d’Ambroise, les accusations envers Rachel, la méfiance du parrain de Philipp, on n’arrive jamais à avoir une réponse claire et précise et cela le narrateur le précise dès le début du roman. Ce qui participe aussi au mystère de ce livre c’est l’ambiance, le cadre : les Cornouailles, la campagne anglaise, la pluie, une sorte de huis-clos qui renforce la sensation d’enfermement. On sait dès les premières pages qu’un drame va arriver, il s’agit de voir comment tout se met en place, comment les liens entre les personnages se tissent, que les éléments se mettent en place, qu’enfin tout arrive au dénouement. 

Je n’ai pas lâché ce roman, je l’ai dévoré littéralement. J’étais moi-même dans un trouble permanent, j’avais envie de connaître la fin du roman, et dans le même temps, j’étais agacée par certaines réactions des personnages, une envie de les secouer, envie aussi que tout aille plus vite. Car il faut le signaler le roman est assez lent, mais justement c’est cette tension entre la lenteur et la volonté de finir ce livre qui crée ce double sentiment. 

Je vous le conseille fortement et puis je vais continuer à découvrir Daphné Du Maurier.

 

 

 

Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain

cvt_ils-vont-tuer-robert-kennedy_603Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain, Gallimard, 2017
J’ai déjà lu plusieurs livres de l’auteur L’insomnie des étoiles, Avenue des géants et le tome 1, L’emprise, c’est donc un auteur que j’affectionne. Le sujet me tentait beaucoup, j’aime beaucoup les romans historiques.

L’histoire est celle d’un homme, universitaire, qui travaille sur l’assassinat de Robert Kennedy, qu’il pense lier à la mort de ses deux parents. La narration oscille entre les deux histoires, la grande histoire et celle fictive de cet homme. 

C’est vraiment intéressant de revenir sur cette période de l’histoire, l’assassinat du premier Kennedy alors qu’il est président et celui de son frère Robert en pleine campagne électorale, moins médiatisée, dont je ne connaissais pas vraiment l’histoire. Le roman est très intéressant car il présente les théories de l’assassinat celle d’un complot, voire d’un coup d’état pour John. Et quand on s’intéresse à Robert, c’est encore plus intéressant de comprendre toute la société américaine de l’époque, les enjeux d’une campagne, des intérêts de tel ou tel homme politique. Tout y passe, Cuba, Vietnam, c’est une période de tension extrême.

Le roman dans la grande Histoire est plus anecdotique je trouve, un peu décevante car moins tape à l’œil, je m’attendais à quelque chose d’énorme. Finalement l’auteur reste, tout à fait sobre et donne un récit crédible, qui permet de ne pas sombrer dans une sombre histoire de complot, thème qui domine tout le roman. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui explore cette période de l’histoire, qui livre des éléments de compréhension sur la société américaine de l’époque et éclaire aussi notre période à nous. Un livre d’actualité à bien des égards.