Archives pour la catégorie J’ai adoré

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

product_9782070466122_195x320L’amie prodigieuse (Enfance, adolescence), Elena Ferrante, Folio, 2016. Un best-seller, à force de le voir partout, on cède à la curiosité, qu’a-t-il de si extraordinaire ce roman ?

L’histoire c’est celle de deux jeunes filles d’un quartier pauvre de Naples, Elena et Lila, enfants, elles sont très proches, une sorte de compétition s’installe entre les deux jeunes filles, à savoir laquelle sera la meilleure à l’école, obtiendra les faveurs de la maîtresse. Mais l’adolescence va les séparer, du moins, cela va séparer le destin des deux jeunes filles, elles vivent toujours dans leur quartier mais empruntent des chemins bien différents, elles préparent chacune leur avenir. 

Je trouve que l’histoire a du mal à se mettre en place, la période de l’enfance est intéressante mais il faut le temps que les personnages soient bien campés, ce qui est nécessaire pour donner du relief à la suite. Mais j’ai trouvé cela un peu longuet, je ne suis pas fan du fait d’être dans les pensées d’une enfant car justement les réflexions sont un peu puériles. Cependant, une fois tout en place, la période de l’adolescence est bien plus complexe, et si Elena est un personnage, qui m’énerve toujours autant par ses réflexions naïves, le sujet gagne en profondeur. Les deux filles n’ont pas la même chance dans la vie, l’une va suivre des études, l’autre non, pourtant l’une et l’autre n’ont qu’une aspiration sortir finalement de ce quartier, deux méthodes très différentes. Mais se dessine petit à petit leur avenir et on sent que l’une va s’enfermer au lieu de s’émanciper alors qu’elle a un profond désir de liberté. Mais dans ce quartier, on fonctionne en huis-clos. 

Donc petit à petit, le roman prend une tournure qui m’a beaucoup plu. Un débat finalement sur la société de l’époque, sur la condition des femmes, sur la pauvreté, l’éducation. Tout cela annonce une fresque assez intéressante. Je lirai le second tome avec plaisir, je n’enchaînerai ma lecture du premier tome avec le second mais je retrouverai avec plaisir ces deux personnages remplies de contradictions, de rêves et d’idéaux enfermées dans un quartier où il est difficile d’échapper aux règles dures, voire violentes. 

Quant à l’écriture, rien à en dire, on se laisse facilement porter par la narration, par les réflexions de la narratrice. Rien d’exceptionnel en soi, mais une bonne lecture, une escapade dans une autre époque et en Italie. Dépaysant !

Une lecture d’été sympathique, sans que cela soit péjoratif, une lecture pour s’évader et réfléchir. 

 

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La mémoire des embruns – Karen Viggers

51w92bv2bkthl-_sx210_La mémoire des embruns de Karen Viggers, Le livre de poche. Je réitère la lecture de cette autrice, après La maison des hautes falaises, que j’avais beaucoup apprécié, j’ai eu plaisir à me replonger dans l’univers de Karen Viggers. 

C’est l’histoire de Mary, une femme âgée, qui sent la fin venir et qui après avoir reçu la visite d’un homme mystérieux revient sur les lieux où elle a vécu. Elle a eu une vie un peu particulière dans un phare avec son mari et ses trois enfants. Suite à une rencontre avec le garde du coin, elle commence à se confier et entre les rêves qu’elle fait, hantée par son passé, on découvre petit à petit sa vie et les épreuves qu’elle a traversée. 

Les personnages sont vraiment intéressants, d’une complexité certaine, Mary est tiraillée toute sa vie, sa jeunesse contrariée et sa vie rangée de femme mariée, la volonté de révéler un secret et la volonté de le taire par respect. Dans cette histoire, elle n’est pas seule, car évidemment le secret qu’elle garde, atteint ses enfants, inquiets par cette retraite sur une île, à son âge, alors qu’elle devrait avoir une aide médicalisée. L’autre personnage important c’est son fils, qui a du mal à construire une vie banale, après une expédition en antarctique qui le marque à jamais. Un homme solitaire, peu sûr de lui, il a beaucoup de mal à trouver l’amour et sa vie ne semble que remise en question jusqu’à ce qu’enfin, il réalise ce qui est le plus important pour lui. 

C’est un roman dans lequel on se laisse facilement embarquer, l’ambiance est absolument fantastique, le phare, les embruns, le vent, on s’y croirait presque. Tout semble propice à une vie secrète, retirée sur une île, loin de tout. Ce roman m’a rappelé la lecture de Une vie entre deux océans, que j’avais beaucoup apprécié également, beaucoup plus dramatique que La mémoire des embruns, mais on retrouve cette ambiance feutrée, cette vie isolée dans le phare qui pousse à taire les secrets, propice à une vie particulière. 

Au niveau du style, c’est assez classique, une alternance des points de vue entre les différents personnages. Rien de bien révolutionnaire, mais le tout fonctionne merveilleusement bien et je l’ai vraiment lu avec plaisir et avec cette petite pointe de mystère sur le secret de famille qui se révèle au fur et à mesure.

A lire pour découvrir une île et des personnages authentiques, remplis de contradictions et une histoire familiale particulière. 

 

 

 

Le roi n’a pas sommeil – Cécile Coulon

cvt_le-roi-na-pas-sommeil_7099 Je continue ma découverte de cette auteure, après Le cœur du Pélican, je continue avec Le roi n’a pas sommeil, un roman récompensé par le Prix Mauvais Genres France Culture en 2012. J’ai beaucoup entendu parler de Trois saisons d’orage, alors j’ai décidé de me lancer avec deux livres, et autant le dire tout de suite, je relirai cette auteure.

L’histoire, c’est celle de la famille Hogan, William qui travaille toute la journée, Mary, sa femme qui l’attend à la maison puis quelques années après leur mariage arrive leur fils Thomas. On revient sur le passé de cette famille pour comprendre pourquoi et quand tout a basculé dans cette famille, jusqu’au drame qu’on perçoit dès le début.

Pas de grand rebondissement dans ce roman, c’est essentiellement un livre d’ambiance, pesante parfois, lourde, cette famille est un peu hors norme, les hommes notamment ont un côté sombre, une âme très noire contre laquelle ils tentent tant bien que mal de lutter. Ce qui fait le sel de ce roman, c’est justement l’atmosphère. Tout commence avec la description de la maison et de la propriété dans la forêt. Lieu qui ne peut être anodin, qui cache beaucoup de mystères, qui crée dans l’inconscient du lecteur une atmosphère particulière. Le portrait des personnages vient compléter le tableau, beaucoup de comparaisons avec les animaux, pour les deux personnages principaux.

On s’y croirait, j’ai été transporté dans ce village, dans cette maison au cœur de la forêt, on croit que tout pourrait s’arranger à tout moment, mais dès le début on sait comment cela finira, on s’attend au pire. Tout le roman est construit autour de cette tension. A la fin, on est presque soulagé, car plus le roman avançait plus je m’attendais à un dénouement terrible. Alors, il l’est mais il n’est pas celui auquel je m’étais préparé. De ce fait je n’ai pas lâché le roman, je l’ai lu en vingt quatre heures…

Le lecteur est pris dans cette famille qui ne peut échapper à un destin terrible malgré tous les efforts de la mère. Cela pourrait être le message du roman : une tragédie contemporaine, ce n’est pas juste une histoire familiale, je trouve qu’on assiste à une véritable confrontation entre notre part sombre et de lumière, bien évidemment poussé à l’extrême dans le roman, mais je trouve que le roman sert de catharsis au lecteur, de purification, une manière de se dire qu’on peut céder facilement à ce qu’il y a de plus noir en nous, que l’on peut tenter de lutter, mais qu’échapper à ce que l’on est ce n’est pas si facile.

J’ai adoré ce roman pour son ambiance, pour ce qu’il avait selon moi comme message à délivrer. Une écriture que je trouve toujours autant travaillée et aussi riche que lors de ma première lecture de l’auteur.

 

Amours – Léonor de Recondo

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Voilà, c’est fait, j’avais tellement envie de découvrir cette auteure, que j’en ai lu deux presque à la suite. Je suis enchantée par cette découverte.

Amours c’est l’histoire d’une maison où vivent Anselme et Victoire, jeune couple du début du XXe siècle, qui n’arrive pas à avoir d’enfant. Et dans les étages, vit la bonne Céleste que Monsieur visite certains soirs, bien évidemment c’est elle qui va tomber enceinte. Le renvoi est certain, mais l’enfant sera le fils de la famille tant attendu pour prendre la relève. Mais Victoire ne ressent pas d’amour pour cet enfant qui commence à se laisser dépérir, Céleste, reprend donc les choses en main pour sauver son garçon. De cet événement et cette volonté va enfin surgir l’amour dans cette maison.

Un roman surprenant, je suis allée de rebondissement en rebondissement, le rythme n’est pas haletant mais les événements s’enchaînent et prennent une tournure que le lecteur n’attendait pas. Je ne suis pas habituée à commenter le titre du roman, mais je trouve que celui-ci est particulièrement bien choisi. Je m’attendais à quelque chose d’un peu mièvre avec un titre pareil, mais au contraire, le roman est bien plus puissant. Il décrit à la fois l’amour maternel, conjugal, la passion, la fidélité, les apparences d’un couple, la réalité de l’amour, les trahisons. Différentes manières d’aimer se trouvent dans ce roman et cela décrit avec justesse, sans jugement. Par exemple, je prends le cas de l’amour maternel, ce sentiment qu’on dit inné, pour Céleste qui vient d’accoucher et qui donne son enfant, c’est un sentiment qu’elle n’a pas de suite, Victoire va à son tour éprouver cet amour, alors que ce garçon n’est pas le sien. Bref, c’est assez complexe, et de ce fait, je trouve cela bien plus réaliste et moins convenu que ce que l’on peut lire.

Le roman se lit très facilement, l’écriture fluide de Pietra Viva se retrouve ici. En revanche, je trouve que dans celui-ci, le message est bien plus fort, que le roman est bien plus puissant et tragique. J’ai beaucoup aimé, j’ai avalé les pages de plus en plus vite. Le roman traite aussi de la féminité, du corps que l’on n’expose pas à tout va, au début du XXe siècle, les femmes se découvrent, commencent à s’émanciper, à vivre pour elles-mêmes, on est très loin d’une libération mais on sort du XIXe siècle, un air de renouveau souffle. Un très beau roman.

A lire pour découvrir de véritables histoires d’amours au début du XXe siècle.

Les prépondérants – Hédi Kaddour

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C’est l’histoire de quelques personnages : Raouf et Rania, les tunisiens, les Français : Gabrielle, la journaliste et Ganthier le colonialiste, enfin le groupe d’américains qui arrivent à Nahbès pour tourner un film : Kathryn et Neil. Voilà de quoi bouleverser le quotidien et de changer les rapports de force ! L’arrivée des américains dérange notamment le cercle des Prépondérants qui avait la main mise sur tout ce qui se passait et constitue l’élite de la ville.

Le roman raconte comment se rencontrent ces personnages, comment les liens vont se tisser entre eux et tout cela se passe avec tout le poids des préjugés de chacun, leur culture aussi. Les destins de ces personnages se croisent et chacun va changer au contact de l’autre. Le voyage en Europe que les personnages vont effectuer va de nouveau redistribuer les cartes, chaque personnage va de nouveau évoluer et voir les choses sous un regard nouveau. Ce qui est vraiment intéressant dans ce roman c’est que les personnages ne sont pas des individus qui sont maîtres de leur vie, ils sont déterminés par des contingences extérieures : la politique et la société vont les pousser à agir malgré eux et les enfoncer dans leur position.

Au-delà des thèmes du colonialisme, du communisme, du poids des traditions, l’auteur dépeint des personnages qui finalement ont du mal à se rencontrer véritablement même s’ils se côtoient, on assiste à des moments de colère, de doute, de rancœur et c’est toute la nature humaine qui alors défile sous nos yeux. Il s’agit aussi pour l’auteur de dépeindre une époque, on rentre dans ce roman avec douceur, on se laisser bercer. Et ce que j’ai préféré dans l’écriture, ce sont des moments de tension disséminés dans le roman, où tout nous semble soit acquis, soit impossible à se réaliser et d’un moment à l’autre l’auteur nous a trompé et par le biais d’une petite phrase nous renverse la situation. Je trouve cela assez magistral.

J’ai trouvé l’écriture également très envoutante. Au départ, j’ai cru que je n’allais pas accrocher car le rythme est assez lent, le temps que tout se mette en place. Mais finalement l’écriture nous transporte dans un ailleurs quelque peu vieilli, des années 1920, mais tellement charmant. Et ce que je préfère dans ce roman c’est le mystère, ce que je ne révèlerai pas ici mais une question reste en suspens, la fin du roman ne vient pas nous éclairer et nous laisse non pas un goût d’inachevé mais une vraie leçon de vie…

Ce roman a été pour moi un petit bijou de littérature, j’ai savouré chaque mot.

La civilisation, ma mère !… Driss Chraïbi

51sm2bp2bshsl-_sx210_J’en ai entendu beaucoup parlé mais je ne l’avais jamais lu. Il devient un classique, j’ai décidé de le découvrir.

Un roman qui se divise en deux parties, deux points de vue sur un même personnage : la mère de deux jeunes garçons. La première partie correspond à celle de l’enfance, de l’adolescence de Driss où il décrit sa mère, elle aussi d’une certaine manière est en train de naître et de découvrir la vie. On la décrit comme une femme soumise, qui ne sort jamais, complètement naïve, qui ne connaît pas le monde qui l’entoure, qui ne connaît pas son propre pays. Les deux garçons vont la faire sortir de cette prison.

La deuxième partie c’est une renaissance, ou plutôt la vie enfin découverte. Najib, le deuxième fils accompagne sa mère, veut la protéger dans ce qu’elle entreprend. La mère n’est plus la femme de… ou la mère de … comme son pays, elle veut gagner son indépendance. Elle devient femme à part entière, une émancipation.

Le roman est donc partitionné ainsi, deux moments, deux vies en une. C’est d’une part très intéressant psychologiquement de se plonger dans la vie de cette femme, singulière, avec sa personnalité propre mais qui est aussi l’exemple, la voix de toutes les autres femmes. Elle aspire d’ailleurs à un élan commun des autres femmes jusqu’à les éduquer elle-même, après avoir reçu une éducation qu’elle n’avait jamais eue. Et culturellement, c’est intéressant de se trouver dans une autre époque, dans les années 30 puis pendant la guerre. Et tout le long, le récit a en germe le désir d’indépendance du pays, la relation aux Européens, une sorte d’amour et haine à la fois. Une haine de l’étranger, celui qui se sert du peuple pour l’exploiter, le sacrifier à la guerre et au cours du roman une admiration quant à l’émancipation, la culture accessible à tous. La mère qui rejette l’Europe au début du roman veut la découvrir à la fin, elle a soif d’apprendre.

Et pourtant dans le roman, le monde existe finalement très peu, les autres sont peu présents, à part un soldat, les autres sont des entités : les femmes au téléphone, les copains du fils, les ouvriers du père. On a presque affaire à un huis-clos familial, tout se passe dans la maison, lieu central, lieu de l’enfermement, mais lieu de la complicité, du secret, le lieu de l’information par la radio et le téléphone.

Un beau message que ce livre, un récit féministe, un roman d’amour d’une mère, d’une femme qui découvre son pays le monde.

Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard

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L’histoire de Claude Monet évidemment mais pas seulement c’est aussi celle de Bazille, de l’amitié de peintres: des impressionnistes. Il ne s’agit pas de l’âge d’or, cela vient bien après. Un roman qui parle des galères, de la pauvreté même, mais aussi de l’amour. L’amour pour Camille, mais plus touchant l’amour de Bazille, la tendresse du peintre pour son ami méridional.
Le roman commence ainsi sur la mort du jeune peintre, qui s’est sacrifié pour la France. Et c’est cela que va retenir Monet. La guerre va le marquer profondément et la perte de son ami le hanter. Il va œuvrer pour qu’il ne soit jamais oublié.
C’est cela que j’ai apprécié dans le roman, je l’ai trouvé très touchant. L’auteur n’en fait pas trop dans le pathos. On a l’impression d’avoir un témoignage sincère du peintre. Dans la peau du peintre, on parcourt sa vie jusqu’à sa mort et son amitié avec Clemenceau.
Alors évidemment on apprend pleins de choses, rien de révolutionnaire mais c’est toujours intéressant de se plonger dans la vie du peintre, de connaître certains détails de sa vie.
J’ai adoré me plonger dans cette lecture, une jolie lecture, calme et savoureuse.

La maison des hautes falaises – Karren Viggers

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C’est l’histoire de Lex, qui achète une maison, éloignée de la ville, dans un village, sur une falaise avec une vieille femme pour voisine, qui a un paon comme animal de compagnie. Il rencontre une jeune femme dans le village : Callista, elle aussi a été blessée par la vie. De leur rencontre naît un amour fulgurant, cependant les deux adultes sont trop blessés pour se comprendre et pour s’aimer librement.
Au départ, on pense à une romance, tout semble concorder vers une fin heureuse, mais le roman est plus long, plus complexe. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’amour, à ce sujet se greffe d’autres sujets. Ce roman, c’est la vie en communauté, dans un village, les rapports familiaux, les secrets, la vie de couple, ce que l’on montre et ce que l’on garde caché. Tout ceci fait qu’on a bien plus d’une romance. Un vrai roman sur la vie , sur sa complexité.
Et le clou du spectacle arrive quand une baleine s’échoue sur une plage, nos deux héros vont affronter ensemble une nouvelle épreuve décisive. Ce moment est très documenté, très précis, tous les enjeux d’un sauvetage de baleine, sa complexité, notre orgueil d’humain, en fait c’est cela qui est intéressant, au-delà de l’histoire, on peut dire qu’il y a de la philosophie, une réflexion profonde sur nos décisions, nos motivations, la nature humaine.
C’est vraiment étonnant comme ce roman est riche, comme il nous surprend. Les paysages décrits semblent époustouflants, on change régulièrement d’ambiance, de la mer, on passe à la campagne australienne. Ces changements de décor reflètent également les événements surprenants qui attendent le lecteur au détour d’une page.
Le roman est assez lent, le lecteur prend le temps de respirer le grand air des paysages, mais on ne s’ennuie pas du tout.
Un roman dépaysant et intéressant, on se retrouve spectateur dans ce village et dans cette maison à l’histoire particulière.

 

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant – Bernard Prou

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Comme le titre l’indique, c’est l’histoire de la vie de Maupassant ou pour être plus exacte, on commence la lecture par la fin de la vie de Maupassant et sa rencontre avec Loubia Vassilkov. De cet amour naîtra leur fils Alexis, non reconnu par son père.

Après la mort de Maupassant, Loubia rentre en Russie, on va ainsi traverser le XXe siècle, et l’Europe à travers la vie de ce fils à qui il arrive des choses incroyables. L’histoire du XXe siècle est en effet mouvementée, d’un goulag en Sibérie, on retourne en France pendant la Deuxième guerre mondiale.

Ce roman est palpitant, si l’on aime les fresques historiques et qu’on veut apprendre des choses dont personne ne parle mais qui semble très documentée par l’auteur, vous avez fait le bon choix. Après on a aussi, un côté très romanesque, l’auteur arrive à donner de l’ampleur à son personnage, il en devient un héros mesuré après tant d’aventures, de malheurs.

Ce qui est très plaisant c’est aussi le style de l’auteur, très imagé, très drôle aussi, des scènes qui sont données à voir par des images très claires et un vocabulaire peu usité parfois vieilli mais ce qui rend le roman très agréable.

On apprend beaucoup de choses sur Lénine, la franc-maçonnerie, Loubia Vassilkov, la résistance dans le Chambon, vous ajoutez des secrets de famille et vous avez vraiment tous les ingrédients pour passer un agréable moment avec un personnage hors du commun.

La griffe du chien – Don Winslow

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Une histoire difficile à résumer car elle dure sur de longues années et grouille de personnages qui se croisent, changent de camp. Mais on peut tout de même le résumer ainsi, c’est l’histoire d’Art Keller, qui devient seigneur de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et veut démanteler le clan des Barrera qui importe de la drogue.
Bien plus qu’une histoire, c’est une vraie plongée dans ce monde de la drogue, on sent que c’est très documenté et très réaliste. Ames sensibles s’abstenir ! Les narco trafiquants ont peu de sentiments et ça saigne ! Mais ce n’est absolument pas ça que je retiendrai.
Ce que je retiens surtout c’est la capacité de l’auteur à nous raconter et à nous expliquer en même temps les enjeux du côté mexicain mais aussi l’intérêt des Etats-Unis. C’est vraiment complexe mais ce n’est pas du tout manichéen comme roman. Il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Le tout est entremêlé. L’auteur nous emmène dans la recherche des Barrera pendant plus de 800 pages et de manière haletante. On ne s’ennuie jamais.
Les personnages aussi sont très intéressants, ça grouille de personnages, mais leurs caractères sont finement travaillés, on se les imagine bien, par ce que les autres personnages pensent d’eux parfois avec de gros clichés comme sur les Irlandais, mais aussi parce qu’à chaque fois on a leurs pensées pour les cerner. Cette alternance permet au lecteur de mieux les connaître, de voir ce qu’ils renvoient mais aussi ce qu’ils pensent. Les personnages sont animés par un sentiment de vengeance, mais c’est aussi leur survie qui est au cœur de l’action, l’inattention n’est pas permise, c’est l’erreur fatale. Mais je ne devrais peut-être pas dire ça mais les personnages sont attachants, même les plus grands criminels, car l’auteur nous les fait apparaître comme des humains, des monstres certes mais avec leurs failles, leurs sentiments. Alors non, on n’oublie pas les pires atrocités commises mais le temps de quelques pages, on se rend compte qu’ils ont aussi un cœur. C’est un roman haletant, passionnant, il ne faut pas avoir peur de la longueur, ça vaut vraiment le coup, on en sort informé de ces relations entre les Etats-Unis et le Mexique, les cartels de drogue, des enjeux politiques complexes. Mais on sort aussi de cet univers qui nous a été familier presque à regret.

Un livre haletant et passionnant !