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J’ai lu Point Cardinal de Léonor de Recondo

414hK00jKtL._SX195_J’ai lu Point Cardinal – Léonor de Recondo – Editions Sabine Wespieser – 24/08/2017  ou l’art de se laisser influencer et d’être déçue.

Le problème avec les romans dont on n’entend que des éloges, c’est qu’on a hâte de les lire mais qu’après les avoir lus, souvent, pas toujours, je suis assez déçue… Qu’on soit clair, je ne suis pas déçue du roman, je l’ai beaucoup aimé mais peut-être pas autant que je l’avais imaginé, pas autant que tout ce que j’ai pu lire comme avis sur ce roman. 

Léonor de Recondo est une autrice que j’affectionne particulièrement, je l’ai découverte cette année et j’ai adoré. J’ai commencé par Pietra Viva qui met en scène Michel-Ange et Amours qui m’avait particulièrement bouleversée. J’aime beaucoup son style, cette manière de nous emmener vers l’extraordinaire par des chemins intimes, des sentiments refoulés qui nous submergent. Je trouve que c’est toujours très beau, tout en finesse. Quand j’ai vu que sortait Point Cardinal, je savais que je le lirais. Je n’avais pas besoin d’écouter les avis d’autres lecteurs ou regarder des émissions littéraires. Je voulais suivre ce qu’elle écrivait.

Le problème, c’est qu’entre ce qu’on pense et ce qu’on fait réellement, il y a un écart. Et j’ai lu des avis sur ce roman, regardé une émission littéraire et tout cela n’a fait que me conforter dans mon envie de lire ce roman. Des éloges, beaucoup, presque uniquement. Donc l’autrice ne me décevrait pas, j’en étais persuadée et le résumé me semblait conforme à ce qu’elle faisait d’habitude, écrire des histoires intimes, le rapport au corps, à l’amour. 

Je l’ai donc lu, et évidemment que l’histoire est magnifique, celle de cet homme qui ne comprend pas pourquoi depuis enfant, il ne se sentait pas lui-même dans ce corps qu’il a apprivoisé mais dans lequel il n’est pas à l’aise, il s’est adapté et a mené comme tout le monde, une vie conforme à ce que la société attend de nous : construire une famille. Mais il arrive un moment, où l’on ne peut plus se mentir et c’est ce qui arrive au personnage que l’on suit, père de famille, marié, aimant sa femme, il ne veut plus de ce corps. Comment accepter d’être soi-même et le faire accepter aux autres, alors que la décision est la plus simple que l’on puisse prendre : être tout simplement heureux et en accord avec soi-même ? 

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai trouvé cette histoire bouleversante, magnifique. On ne suit pas uniquement l’histoire de cet homme, c’est aussi celle de son entourage, sa femme d’abord, ses enfants, ses collègues. Comment chacun accepte, refuse, essaie de changer l’autre ? C’est terrible parfois. Mais ce qui est beau et qui change dans la manière d’aborder le sujet, c’est que pour le personnage, le cheminement est complexe mais il se fait de manière résolue, sans jugement, un point de vue que l’on n’a jamais, on entend souvent le point de vue des autres, mais jamais celui de l’intéressé, alors qu’ici, on a enfin sa vision, une finesse psychologique extrême pour ce sujet. 

Mais alors me direz-vous, tu as beaucoup aimé ? Oui, j’ai adoré, mais je me suis souvenue, de tous ces éloges et commentaires que j’avais lus précédemment, et cette lecture a été rapide, facile, sensible, mais je m’attendais à quelque chose d’extraordinaire et finalement, oui, je l’ai beaucoup aimé, je lirai encore cette autrice. En fait, je crois que je m’attendais à être bluffée par cette lecture et en réalité, j’en attendais trop. Evidemment ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, ni que ça arrive à beaucoup d’autres lecteurs, mais j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose avec ce roman. 

Cela me pousse d’autant plus à respecter mon rythme de lecture, mes envies du moment, à ne pas précipiter la rencontre avec un livre, ne pas céder aux sirènes tout simplement… Ne pas se laisser influencer, c’est le plus difficile… Un point lecture un peu différent pour une lecture qui a été un peu différente. 

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Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

51SuNX2sUdL._SX210_Le gang des rêves – Luca Di Fulvio, Pocket, 04/05/2017

Un auteur dont j’entends beaucoup parler, encore jamais lu, je me suis dit qu’il était temps, les avis sont généralement positifs autour de ce roman, et le mien ne fera pas exception à la règle. 

L’histoire c’est celle de Cetta, une italienne, qui quitte l’Italie pour offrir une vie meilleure à son fils : Christmas ! Drôle de nom ! Mais évidemment, le rêve américain, c’est beaucoup de désillusions, jusqu’à ce que la vie de Christmas soit bouleversée par sa rencontre avec Ruth, une jeune juive qu’il rencontre dans de sombres circonstances, mais tous les deux vont se lier et s’aider, se soutenir, devenir l’un pour l’autre une raison de poursuivre. Mais les choses ne se passent jamais comme dans nos rêves.

J’ai vraiment aimé ce roman, d’une part, j’apprécie que ce soit un long pavé, car on s’immerge totalement dans une ambiance pour un long moment, on découvre les personnages. Et la force de ce roman, ce sont les personnages, le héros évidemment est un être qui nous éblouit par son courage, sa ténacité et son talent : celui de raconteur d’histoires. Mais ce n’est pas tout, le roman ne serait rien sans les personnages secondaires, Cetta la mère dont on suit les aventures au début et sa rencontre avec Sal, le mafieux au cœur tendre. Tous ces personnages sont attendrissants et ont un rôle à jouer, même l’énervant Joey.

Et c’est aussi une formidable fresque sur New-York dans les années 20, la mafia, les gangsters, les arnaques et l’espoir de s’en sortir. Rien n’est propre dans ce roman, on vit avec le personnage dans les bas-quartiers, toute une ambiance, la ségrégation, les clans, le racisme, l’antisémitisme, la prohibition, le sexe. Rien n’est laissé de côté, tout est dit. Le lecteur n’est jamais bercé d’illusions, si les choses peuvent se terminer de manière favorable pour les personnages, l’auteur aura eu le plaisir de traîner les personnages dans des malheurs terribles, nous laisser découvrir leurs travers, leurs déchéances. Mais c’est un roman résolument optimiste, et Christmas nous guide dans cette épopée new-yorkaise. 

J’ai adoré de l’histoire à l’écriture, on passe un bon moment. Une bonne immersion dans New-York, loin d’une image idéalisée, et on voyage aussi en Californie, on découvre Hollywood et les bas-fonds, le revers de la médaille. On voyage donc aussi pas mal dans le roman, on suit différents personnages, des époques différentes et tout cela crée chez le lecteur une envie de poursuivre, de plonger encore et encore et connaître le fin mot de l’histoire. 

Le bureau des jardins et des étangs – Didier Decoin

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Le Bureau des Jardins et des Etangs – Didier Decoin, Stock, 2016
Un roman qui m’a beaucoup intrigué par son titre très poétique, j’aime beaucoup le genre, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer et pour l’emprunter.

Le roman raconte l’histoire de Miyuki, jeune femme vivant au Japon au XIIe siècle, dans une province reculée, loin de la demeure de l’empereur. C’est pourtant là que le mari de Miyuki, Katsuro apportait les carpes qu’il pêchait pour les acclimater dans les étangs sacrés de l’empereur. Mais Katsuro est mort, noyé dans la rivière, les carpes attendent d’être livrées. Miyuki courageuse et voyant par là une occasion de faire revivre son mari une dernière fois en expérimentant le trajet qu’il faisait chaque fois. Cette femme seule va livrer les carpes, au péril de sa vie, de son honneur, prête à tous les sacrifices pour atteindre son but.

C’est une histoire vraiment intéressante, le lecteur est tendu vers l’objectif de Miyuki, partageant ses pensées, ses décisions pour arriver au terme de sa quête, on est aussi dans les pensées d’une paysanne, qui ne comprend pas tout ce qu’elle découvre hors de son village, une société dominée par les hommes où cette femme va tenter de se frayer un chemin. Cela ne va pas être évident, elle va être souvent méprisée, mais sa force de caractère va la pousser à aller au bout d’elle même. 

On se prend vraiment d’affection pour cette femme, elle est comme un modèle de persévérance, elle n’est pas plus forte que les autres mais elle a été la femme d’un homme qu’elle a profondément aimé, mystérieux, mais qui lui a donné cette force. C’est assez beau comme histoire, elle rend un dernier hommage à son mari. De plus, j’ai trouvé que le roman est bien documenté, on se croirait vraiment à cette époque, c’est très vivant. Et dans le même temps, le but de cette quête, l’existence même de ce bureau des Jardins et des Etangs, le concours de parfum qui aura lieu par la suite, tout cela donne beaucoup de poésie à ce roman. 

L’écriture est très réaliste, rend vivant ce récit, en revanche, il peut peut-être choqué les âmes sensibles, car le sexe est aussi très présent, ce serait-ce que par la présence des courtisanes, mais pas seulement Miyuki va décrire ses expériences sexuelles avec son mari. Tout cela est très détaillé, je n’ai pas trouvé cela choquant, le vocabulaire est cru, souvent même, mais en même temps rien qui ne soit très extraordinaire non plus, rien de malsain. En fait dans le roman, tout est sensuel, tout ne passe pas par la vue, sens qu’on développe le plus en général dans un roman, mais ici, les odeurs, le toucher sont tout aussi importants, le goût également. J’ai l’impression que ce roman est une expérience des sens, une vraie sensualité se dégage et de ce fait le sexe renforce ce thème, cette impression. 

J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire, cette femme, cette traversée dans le Japon du Moyen-Age. Une lecture qui change. A lire pour s’ouvrir de nouveaux horizons. 

 

Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain

cvt_ils-vont-tuer-robert-kennedy_603Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain, Gallimard, 2017
J’ai déjà lu plusieurs livres de l’auteur L’insomnie des étoiles, Avenue des géants et le tome 1, L’emprise, c’est donc un auteur que j’affectionne. Le sujet me tentait beaucoup, j’aime beaucoup les romans historiques.

L’histoire est celle d’un homme, universitaire, qui travaille sur l’assassinat de Robert Kennedy, qu’il pense lier à la mort de ses deux parents. La narration oscille entre les deux histoires, la grande histoire et celle fictive de cet homme. 

C’est vraiment intéressant de revenir sur cette période de l’histoire, l’assassinat du premier Kennedy alors qu’il est président et celui de son frère Robert en pleine campagne électorale, moins médiatisée, dont je ne connaissais pas vraiment l’histoire. Le roman est très intéressant car il présente les théories de l’assassinat celle d’un complot, voire d’un coup d’état pour John. Et quand on s’intéresse à Robert, c’est encore plus intéressant de comprendre toute la société américaine de l’époque, les enjeux d’une campagne, des intérêts de tel ou tel homme politique. Tout y passe, Cuba, Vietnam, c’est une période de tension extrême.

Le roman dans la grande Histoire est plus anecdotique je trouve, un peu décevante car moins tape à l’œil, je m’attendais à quelque chose d’énorme. Finalement l’auteur reste, tout à fait sobre et donne un récit crédible, qui permet de ne pas sombrer dans une sombre histoire de complot, thème qui domine tout le roman. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui explore cette période de l’histoire, qui livre des éléments de compréhension sur la société américaine de l’époque et éclaire aussi notre période à nous. Un livre d’actualité à bien des égards. 

 

 

Le nouveau nom – L’amie prodigieuse II – Elena Ferrante

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Le nouveau nom – L’amie prodigieuse II, Elena Ferrante, Folio, 2016
Deuxième tome de cette saga à succès. Je me suis laissée embarquer avec facilité dans le premier tome de l’enfance, je continue donc mon immersion dans le Naples des années 60.

Ce tome est centrée sur les vacances de Lila et Elena à Ischia, c’est vraiment le cœur du roman et où une histoire d’amour va naître malgré les interdits. L’une et l’autre sont toujours déçues de leur situation et tentent de trouver la voie du bonheur. Lila a fait son choix, déjà dans le précédent tome, et commence à se rendre compte de ses erreurs et tente de sortir de sa condition. Elena c’est la battante qui malgré les déceptions amoureuses, les déconvenues poursuit son chemin et construit sa vie. L’amitié entre les deux personnages est complexe et toujours teintée de jalousie, elles s’envient sans comprendre les malheurs de l’autre. On pourrait penser que c’est épuisant, mais ces deux-là sont attachantes.

Plus la lecture du tome avance, plus je suis happée par cette lecture, le roman commence lentement, il faut presque 200 pages pour arriver à ce qui va vraiment bouleverser les deux personnages, le tout se met en place tranquillement et ensuite, on veut connaître comment tout cela va se finir. C’est assez intenable, car comme dans le premier tome, les personnages font face à une sorte de prédestination, liée à leur condition sociale, à leur quartier, à l’argent et aux conventions sociales. Personne ne semble pouvoir échapper à don destin et tout semble écrit à l’avance pour chacun. Les choix des personnages leur sont comme imposés à eux et d’un autre côté ils ont aussi une volonté incroyable, il s’agit évidemment des deux héroïnes, de manière très différente certes, mais elles sont pugnaces. 

Leur relation est tout aussi étrange dans ce tome II, elles s’adorent et s’admirent comme elles peuvent être insupportables et méchantes l’une envers l’autre, c’est assez incroyable cette relation d’amitié, pleine de rivalités, un peu comme des sœurs et malgré tout un amour et une profonde admiration l’une pour l’autre sans jamais se l’avouer. Le destin des deux jeunes femmes va profondément changer après cet été qu’elles vont vivre ensemble à Ischia. Et je n’ai pas vu arriver la fin, car j’étais dans ma lecture pleine de questions, il me restait encore tant de choses à savoir. Et puis le roman se termine sur un petit rebondissement qui vous invite à lire le tome suivant. 

J’ai vraiment adoré ce roman, je l’ai trouvé à la hauteur du premier tome, on partage la vie de ces deux femmes et c’est assez palpitant et prenant d’assister à la manière dont elles se construisent. 

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

product_9782070466122_195x320L’amie prodigieuse (Enfance, adolescence), Elena Ferrante, Folio, 2016. Un best-seller, à force de le voir partout, on cède à la curiosité, qu’a-t-il de si extraordinaire ce roman ?

L’histoire c’est celle de deux jeunes filles d’un quartier pauvre de Naples, Elena et Lila, enfants, elles sont très proches, une sorte de compétition s’installe entre les deux jeunes filles, à savoir laquelle sera la meilleure à l’école, obtiendra les faveurs de la maîtresse. Mais l’adolescence va les séparer, du moins, cela va séparer le destin des deux jeunes filles, elles vivent toujours dans leur quartier mais empruntent des chemins bien différents, elles préparent chacune leur avenir. 

Je trouve que l’histoire a du mal à se mettre en place, la période de l’enfance est intéressante mais il faut le temps que les personnages soient bien campés, ce qui est nécessaire pour donner du relief à la suite. Mais j’ai trouvé cela un peu longuet, je ne suis pas fan du fait d’être dans les pensées d’une enfant car justement les réflexions sont un peu puériles. Cependant, une fois tout en place, la période de l’adolescence est bien plus complexe, et si Elena est un personnage, qui m’énerve toujours autant par ses réflexions naïves, le sujet gagne en profondeur. Les deux filles n’ont pas la même chance dans la vie, l’une va suivre des études, l’autre non, pourtant l’une et l’autre n’ont qu’une aspiration sortir finalement de ce quartier, deux méthodes très différentes. Mais se dessine petit à petit leur avenir et on sent que l’une va s’enfermer au lieu de s’émanciper alors qu’elle a un profond désir de liberté. Mais dans ce quartier, on fonctionne en huis-clos. 

Donc petit à petit, le roman prend une tournure qui m’a beaucoup plu. Un débat finalement sur la société de l’époque, sur la condition des femmes, sur la pauvreté, l’éducation. Tout cela annonce une fresque assez intéressante. Je lirai le second tome avec plaisir, je n’enchaînerai ma lecture du premier tome avec le second mais je retrouverai avec plaisir ces deux personnages remplies de contradictions, de rêves et d’idéaux enfermées dans un quartier où il est difficile d’échapper aux règles dures, voire violentes. 

Quant à l’écriture, rien à en dire, on se laisse facilement porter par la narration, par les réflexions de la narratrice. Rien d’exceptionnel en soi, mais une bonne lecture, une escapade dans une autre époque et en Italie. Dépaysant !

Une lecture d’été sympathique, sans que cela soit péjoratif, une lecture pour s’évader et réfléchir. 

 

La mémoire des embruns – Karen Viggers

51w92bv2bkthl-_sx210_La mémoire des embruns de Karen Viggers, Le livre de poche. Je réitère la lecture de cette autrice, après La maison des hautes falaises, que j’avais beaucoup apprécié, j’ai eu plaisir à me replonger dans l’univers de Karen Viggers. 

C’est l’histoire de Mary, une femme âgée, qui sent la fin venir et qui après avoir reçu la visite d’un homme mystérieux revient sur les lieux où elle a vécu. Elle a eu une vie un peu particulière dans un phare avec son mari et ses trois enfants. Suite à une rencontre avec le garde du coin, elle commence à se confier et entre les rêves qu’elle fait, hantée par son passé, on découvre petit à petit sa vie et les épreuves qu’elle a traversée. 

Les personnages sont vraiment intéressants, d’une complexité certaine, Mary est tiraillée toute sa vie, sa jeunesse contrariée et sa vie rangée de femme mariée, la volonté de révéler un secret et la volonté de le taire par respect. Dans cette histoire, elle n’est pas seule, car évidemment le secret qu’elle garde, atteint ses enfants, inquiets par cette retraite sur une île, à son âge, alors qu’elle devrait avoir une aide médicalisée. L’autre personnage important c’est son fils, qui a du mal à construire une vie banale, après une expédition en antarctique qui le marque à jamais. Un homme solitaire, peu sûr de lui, il a beaucoup de mal à trouver l’amour et sa vie ne semble que remise en question jusqu’à ce qu’enfin, il réalise ce qui est le plus important pour lui. 

C’est un roman dans lequel on se laisse facilement embarquer, l’ambiance est absolument fantastique, le phare, les embruns, le vent, on s’y croirait presque. Tout semble propice à une vie secrète, retirée sur une île, loin de tout. Ce roman m’a rappelé la lecture de Une vie entre deux océans, que j’avais beaucoup apprécié également, beaucoup plus dramatique que La mémoire des embruns, mais on retrouve cette ambiance feutrée, cette vie isolée dans le phare qui pousse à taire les secrets, propice à une vie particulière. 

Au niveau du style, c’est assez classique, une alternance des points de vue entre les différents personnages. Rien de bien révolutionnaire, mais le tout fonctionne merveilleusement bien et je l’ai vraiment lu avec plaisir et avec cette petite pointe de mystère sur le secret de famille qui se révèle au fur et à mesure.

A lire pour découvrir une île et des personnages authentiques, remplis de contradictions et une histoire familiale particulière. 

 

 

 

Le roi n’a pas sommeil – Cécile Coulon

cvt_le-roi-na-pas-sommeil_7099 Je continue ma découverte de cette auteure, après Le cœur du Pélican, je continue avec Le roi n’a pas sommeil, un roman récompensé par le Prix Mauvais Genres France Culture en 2012. J’ai beaucoup entendu parler de Trois saisons d’orage, alors j’ai décidé de me lancer avec deux livres, et autant le dire tout de suite, je relirai cette auteure.

L’histoire, c’est celle de la famille Hogan, William qui travaille toute la journée, Mary, sa femme qui l’attend à la maison puis quelques années après leur mariage arrive leur fils Thomas. On revient sur le passé de cette famille pour comprendre pourquoi et quand tout a basculé dans cette famille, jusqu’au drame qu’on perçoit dès le début.

Pas de grand rebondissement dans ce roman, c’est essentiellement un livre d’ambiance, pesante parfois, lourde, cette famille est un peu hors norme, les hommes notamment ont un côté sombre, une âme très noire contre laquelle ils tentent tant bien que mal de lutter. Ce qui fait le sel de ce roman, c’est justement l’atmosphère. Tout commence avec la description de la maison et de la propriété dans la forêt. Lieu qui ne peut être anodin, qui cache beaucoup de mystères, qui crée dans l’inconscient du lecteur une atmosphère particulière. Le portrait des personnages vient compléter le tableau, beaucoup de comparaisons avec les animaux, pour les deux personnages principaux.

On s’y croirait, j’ai été transporté dans ce village, dans cette maison au cœur de la forêt, on croit que tout pourrait s’arranger à tout moment, mais dès le début on sait comment cela finira, on s’attend au pire. Tout le roman est construit autour de cette tension. A la fin, on est presque soulagé, car plus le roman avançait plus je m’attendais à un dénouement terrible. Alors, il l’est mais il n’est pas celui auquel je m’étais préparé. De ce fait je n’ai pas lâché le roman, je l’ai lu en vingt quatre heures…

Le lecteur est pris dans cette famille qui ne peut échapper à un destin terrible malgré tous les efforts de la mère. Cela pourrait être le message du roman : une tragédie contemporaine, ce n’est pas juste une histoire familiale, je trouve qu’on assiste à une véritable confrontation entre notre part sombre et de lumière, bien évidemment poussé à l’extrême dans le roman, mais je trouve que le roman sert de catharsis au lecteur, de purification, une manière de se dire qu’on peut céder facilement à ce qu’il y a de plus noir en nous, que l’on peut tenter de lutter, mais qu’échapper à ce que l’on est ce n’est pas si facile.

J’ai adoré ce roman pour son ambiance, pour ce qu’il avait selon moi comme message à délivrer. Une écriture que je trouve toujours autant travaillée et aussi riche que lors de ma première lecture de l’auteur.

 

Amours – Léonor de Recondo

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Voilà, c’est fait, j’avais tellement envie de découvrir cette auteure, que j’en ai lu deux presque à la suite. Je suis enchantée par cette découverte.

Amours c’est l’histoire d’une maison où vivent Anselme et Victoire, jeune couple du début du XXe siècle, qui n’arrive pas à avoir d’enfant. Et dans les étages, vit la bonne Céleste que Monsieur visite certains soirs, bien évidemment c’est elle qui va tomber enceinte. Le renvoi est certain, mais l’enfant sera le fils de la famille tant attendu pour prendre la relève. Mais Victoire ne ressent pas d’amour pour cet enfant qui commence à se laisser dépérir, Céleste, reprend donc les choses en main pour sauver son garçon. De cet événement et cette volonté va enfin surgir l’amour dans cette maison.

Un roman surprenant, je suis allée de rebondissement en rebondissement, le rythme n’est pas haletant mais les événements s’enchaînent et prennent une tournure que le lecteur n’attendait pas. Je ne suis pas habituée à commenter le titre du roman, mais je trouve que celui-ci est particulièrement bien choisi. Je m’attendais à quelque chose d’un peu mièvre avec un titre pareil, mais au contraire, le roman est bien plus puissant. Il décrit à la fois l’amour maternel, conjugal, la passion, la fidélité, les apparences d’un couple, la réalité de l’amour, les trahisons. Différentes manières d’aimer se trouvent dans ce roman et cela décrit avec justesse, sans jugement. Par exemple, je prends le cas de l’amour maternel, ce sentiment qu’on dit inné, pour Céleste qui vient d’accoucher et qui donne son enfant, c’est un sentiment qu’elle n’a pas de suite, Victoire va à son tour éprouver cet amour, alors que ce garçon n’est pas le sien. Bref, c’est assez complexe, et de ce fait, je trouve cela bien plus réaliste et moins convenu que ce que l’on peut lire.

Le roman se lit très facilement, l’écriture fluide de Pietra Viva se retrouve ici. En revanche, je trouve que dans celui-ci, le message est bien plus fort, que le roman est bien plus puissant et tragique. J’ai beaucoup aimé, j’ai avalé les pages de plus en plus vite. Le roman traite aussi de la féminité, du corps que l’on n’expose pas à tout va, au début du XXe siècle, les femmes se découvrent, commencent à s’émanciper, à vivre pour elles-mêmes, on est très loin d’une libération mais on sort du XIXe siècle, un air de renouveau souffle. Un très beau roman.

A lire pour découvrir de véritables histoires d’amours au début du XXe siècle.

Les prépondérants – Hédi Kaddour

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C’est l’histoire de quelques personnages : Raouf et Rania, les tunisiens, les Français : Gabrielle, la journaliste et Ganthier le colonialiste, enfin le groupe d’américains qui arrivent à Nahbès pour tourner un film : Kathryn et Neil. Voilà de quoi bouleverser le quotidien et de changer les rapports de force ! L’arrivée des américains dérange notamment le cercle des Prépondérants qui avait la main mise sur tout ce qui se passait et constitue l’élite de la ville.

Le roman raconte comment se rencontrent ces personnages, comment les liens vont se tisser entre eux et tout cela se passe avec tout le poids des préjugés de chacun, leur culture aussi. Les destins de ces personnages se croisent et chacun va changer au contact de l’autre. Le voyage en Europe que les personnages vont effectuer va de nouveau redistribuer les cartes, chaque personnage va de nouveau évoluer et voir les choses sous un regard nouveau. Ce qui est vraiment intéressant dans ce roman c’est que les personnages ne sont pas des individus qui sont maîtres de leur vie, ils sont déterminés par des contingences extérieures : la politique et la société vont les pousser à agir malgré eux et les enfoncer dans leur position.

Au-delà des thèmes du colonialisme, du communisme, du poids des traditions, l’auteur dépeint des personnages qui finalement ont du mal à se rencontrer véritablement même s’ils se côtoient, on assiste à des moments de colère, de doute, de rancœur et c’est toute la nature humaine qui alors défile sous nos yeux. Il s’agit aussi pour l’auteur de dépeindre une époque, on rentre dans ce roman avec douceur, on se laisser bercer. Et ce que j’ai préféré dans l’écriture, ce sont des moments de tension disséminés dans le roman, où tout nous semble soit acquis, soit impossible à se réaliser et d’un moment à l’autre l’auteur nous a trompé et par le biais d’une petite phrase nous renverse la situation. Je trouve cela assez magistral.

J’ai trouvé l’écriture également très envoutante. Au départ, j’ai cru que je n’allais pas accrocher car le rythme est assez lent, le temps que tout se mette en place. Mais finalement l’écriture nous transporte dans un ailleurs quelque peu vieilli, des années 1920, mais tellement charmant. Et ce que je préfère dans ce roman c’est le mystère, ce que je ne révèlerai pas ici mais une question reste en suspens, la fin du roman ne vient pas nous éclairer et nous laisse non pas un goût d’inachevé mais une vraie leçon de vie…

Ce roman a été pour moi un petit bijou de littérature, j’ai savouré chaque mot.