Archives pour la catégorie Les classiques

La civilisation, ma mère !… Driss Chraïbi

51sm2bp2bshsl-_sx210_J’en ai entendu beaucoup parlé mais je ne l’avais jamais lu. Il devient un classique, j’ai décidé de le découvrir.

Un roman qui se divise en deux parties, deux points de vue sur un même personnage : la mère de deux jeunes garçons. La première partie correspond à celle de l’enfance, de l’adolescence de Driss où il décrit sa mère, elle aussi d’une certaine manière est en train de naître et de découvrir la vie. On la décrit comme une femme soumise, qui ne sort jamais, complètement naïve, qui ne connaît pas le monde qui l’entoure, qui ne connaît pas son propre pays. Les deux garçons vont la faire sortir de cette prison.

La deuxième partie c’est une renaissance, ou plutôt la vie enfin découverte. Najib, le deuxième fils accompagne sa mère, veut la protéger dans ce qu’elle entreprend. La mère n’est plus la femme de… ou la mère de … comme son pays, elle veut gagner son indépendance. Elle devient femme à part entière, une émancipation.

Le roman est donc partitionné ainsi, deux moments, deux vies en une. C’est d’une part très intéressant psychologiquement de se plonger dans la vie de cette femme, singulière, avec sa personnalité propre mais qui est aussi l’exemple, la voix de toutes les autres femmes. Elle aspire d’ailleurs à un élan commun des autres femmes jusqu’à les éduquer elle-même, après avoir reçu une éducation qu’elle n’avait jamais eue. Et culturellement, c’est intéressant de se trouver dans une autre époque, dans les années 30 puis pendant la guerre. Et tout le long, le récit a en germe le désir d’indépendance du pays, la relation aux Européens, une sorte d’amour et haine à la fois. Une haine de l’étranger, celui qui se sert du peuple pour l’exploiter, le sacrifier à la guerre et au cours du roman une admiration quant à l’émancipation, la culture accessible à tous. La mère qui rejette l’Europe au début du roman veut la découvrir à la fin, elle a soif d’apprendre.

Et pourtant dans le roman, le monde existe finalement très peu, les autres sont peu présents, à part un soldat, les autres sont des entités : les femmes au téléphone, les copains du fils, les ouvriers du père. On a presque affaire à un huis-clos familial, tout se passe dans la maison, lieu central, lieu de l’enfermement, mais lieu de la complicité, du secret, le lieu de l’information par la radio et le téléphone.

Un beau message que ce livre, un récit féministe, un roman d’amour d’une mère, d’une femme qui découvre son pays le monde.

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Toute passion abolie – Vita Sackville West

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Un roman assez incroyable sur une vieille femme qui décide après la mort de son mari de ne pas vivre avec ses enfants mais de se retirer du monde dans une maison qu’elle a repérée trente années plus tôt. Surprise générale !
Elle est accompagnée de sa fidèle domestique Genoux et va rencontrer là-bas trois personnes. Toutes âgées, ces personnages ont une philosophie de la vie bien arrêtée et des valeurs à défendre dans ce monde qui avance très vite et qui ne pense qu’à l’argent, à la compétition et au paraître.
Une vraie leçon de vie nous est donnée à travers le passé de cette femme qui a tout sacrifié à son mari, à sa famille. Le passé va d’ailleurs la rattraper faire une rencontre étonnante, une âme sœur oubliée.
Loin des conventions, des mondanités, elle refuse même de voir ses petits-enfants et arrière-petits enfants, c’est le portrait d’une femme de cœur mais d’une société aussi malade, vieillissante, face à la modernité.
C’est un roman tellement actuel, humain. Un vrai plaisir à lire et beaucoup à apprendre. Un nouveau regard sur le monde.
C’est aussi un vrai régal de littérature, c’est merveilleusement écrit. Un roman plein de sagesse et dépoussiérant à la fois.

Fahrenheit 451 – Ray Bradubury

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Dans le futur, un pompier a pour mission de brûler des livres, objet devenu subversif qu’aucun homme ne doit détenir. R. Bradbury imagine une société complètement vidée de sons sens, qui vit uniquement à travers le loisir. Vivre est encore un bien grand mot, il s’agit surtout de survivre, la voisine de Montag, le pompier, disparaît, après avoir discutée avec lui, de curieux sujet de conversations d’ailleurs. De ceux qui amènent le doute ; la femme de Montag qui se suicide mais qui ne se rend pas compte de la portée de ses gestes. Une société exsangue…
Mais l’espoir n’est jamais bien loin, Montag commence à réaliser que ce monde n’est pas pour lui, qu’il y a un un autre monde, une autre vie. Celle-ci est illusoire.
Je ne lis pas de science-fiction mais c’est le livre qui fait mentir. En effet, même si on a affaire à un roman d’anticipation, les aspects de ce monde décrit par l’auteur sont tellement réels. On nous décrit bien une société qui n’a plus coeur à l’ouvrage, qui ne pense qu’à se divertir, le livre est alors bien trop dangereux, il est celui qui permet de laisser l’esprit vagabonder, d’être libre.

Je trouve ce roman très intéressant, il porte les germes de ce qu’est notre société. Mais je n’ai pas été trop fan de l’histoire. Cela se lit très vite, aucun souci on ne s’ennuie pas et c’est donc bien conduit.
Quant au style, même s’il s’agit d’une traduction, on voit bien que l’auteur a le sens de la formule mais parfois c’est un peu trop au détriment de l’histoire. Je ne l’ai donc pas trouvé exceptionnel, mais je l’ai lu rapidement et je retiens quelques beaux moments de poésie. Je ne lirai peut-être pas de roman du même auteur, mais j’ai tout de même passé un moment plaisant, après pas sûr qu’il m’en reste grand-chose à la fin car les personnages ne sont pas très fouillés, on ne s’attache pas vraiment à eux. 

Un roman qu’il faut lire, un classique, il fait froid dans le dos quand on aime lire, il fait réfléchir aussi, n’est-on pas en train de tomber dans le même piège… A méditer.

Cent ans de solitude – Gabriel Garcia Marquez

C’est l’histoire d’une famille peu commune, la famille Buendia, qui vit à Macondo en Amérique du Sud. Celle-ci va se dérouler sur cinq générations, une famille dont on suit la naissance, l’apogée et la décadence.

C’est une saga familiale peu ordinaire, l’arbre généalogique est complexe, cette fâcheuse tendance à donner les mêmes noms. Un conseil : prendre des notes sur les liens entre les personnages, c’est nécessaire ! 

J’ai beaucoup aimé le côté magique, fantastique, et fantasmagorique, il est difficile de définir le roman. Cela lui donne un côté particulier, un roman dont on sait qu’il n’est pas du tout comme les autres, qui marque. Ce qui est vraiment étrange c’est que la magie du roman : les fantômes, les esprits, tout cela n’étonne personne. Tout semble normal, tel que cela doit arriver. C’est étonnant. 
La narration aussi est particulière, les événements, même les plus improbables, sont racontés avec le même recul. Les choses semblent arriver de manière naturelle. C’est le cycle d’une vie. 

C’est un roman riche, foisonnant, intense et je pense que beaucoup de subtilités m’ont sûrement échappées. J’ai mis du temps à le lire. Mais ça vaut le coup de s’accrocher. L’écriture est particulière, un peu aride parfois, et une je-ne-sais-quoi de simple. 

Un classique du XXe siècle à découvrir, à relire, un roman qu’on a envie de garder dans sa bibliothèque. 

Le diable au corps – Raymond Radiguet

Je lis peu de classiques en général mais celui-ci m’intriguait : la période, le thème, un roman dit « sulfureux » pour l’époque, controversé, mais un auteur reconnu par ses pairs et notamment Cocteau. 

L’histoire : Un jeune adolescent Jacques tombe amoureux de Marthe, fiancée puis mariée à un soldat pendant la Grande Guerre, leur liaison n’est pas approuvée par la société mais qu’importe les deux jeunes gens vivent leur passion dans l’insouciance, mais qui dit passion dit tragique aussi. 

Commençons par ce que je n’ai pas trop aimé dans ce roman : l’histoire. Les personnages sont assez fades. C’est assez paradoxal de dire ça, dans la mesure où ils sont passionnés, ils bravent les on-dit et les interdits mais je les ai trouvés tous les deux bien innocents. La jeunesse explique sûrement cela, mais leur silence, les attentes de l’un envers l’autre, leur incompréhension parfois, c’est un peu agaçant. Mais finalement, quand on est amoureux, n’est-on pas tout aussi gnan-gnan ?
La fin m’a un peu surprise, c’est plutôt bon signe, mais elle est aussi un peu brutale. Autant, les pensées des personnages, leur psychologie nous sont données avec précision, autant les actions sont très brèves et pourtant capitales. Ce qui laisse un petit goût d’inachevé. 

Il y a cependant une chose que j’ai adoré dans ce roman : l’écriture. J’ai aimé lire ce roman pour les phrases et les réflexions bien senties de l’auteur. Une réflexion sur la passion amoureuse qui est poussée, la psychologie des personnages est très détaillée ainsi que les sentiments.  Et ce n’est pas ce qui est le plus évident à faire partager au lecteur. Le côté poétique du roman m’a séduite, ces références aux poètes, à Baudelaire, à la littérature en général. Un classique, pour moi, on le reconnaît à ceci : quand chaque mot est pesé, choisi, on pourrait le relire rien que pour apprécier de nouveau la langue de l’auteur.
Pour l’époque, on peut comprendre que le roman ait fait scandale, la guerre n’apparaît que de manière épisodique, nous sommes loin des conditions terribles des tranchées, on peut comprendre que cette insouciance choque la société, mais aujourd’hui le roman n’est plus aussi sulfureux, il s’apprécie donc non pas tant par son histoire, un poncif de la littérature mais pour son écriture et la sensibilité de l’auteur. 

Je ne peux résister au plaisir de reprendre le début du roman : 
« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu’y puis-je ? Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre ? Sans doute, les troubles qui me vinrent de cette période extraordinaire furent d’une sorte qu’on n’éprouve jamais à cet âge ; mais comme il n’existe rien d’assez fort pour nous vieillir malgré les apparences, c’est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l’embarras. Je ne suis pas le seul. Et mes camarades garderont de cette époque un souvenir qui n’est pas celui de leurs aînés. Que ceux déjà qui m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances. »