Archives pour la catégorie Les livres qui apprennent

Petit pays – Gaël Faye

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Petit Pays de Gaël Faye, éditions Grasset, 2016
C’est un roman dont j’ai beaucoup entendu parler dans les médias, mais aussi et surtout par bouche à oreille, et à chaque fois, j’ai eu un retour positif. Je me suis enfin laissée tenter.

L’histoire est celle réelle de l’auteur, vivant au Burundi, en plein conflit guerrier et surtout au moment où le Rwanda pays voisin est en proie à une guerre intestine qui aboutira au génocide de 1994 des Hutu sur les Tutsi. Le narrateur est lui-même fils d’une rwandaise exilée de son pays, quelques membres de sa famille proche sont restés au Rwanda. 

Un récit très universel, outre l’histoire personnelle de l’auteur, on y voit aussi la vie d’un enfant en temps de guerre et ce récit malheureusement pourrait être celui d’enfants vivant dans les nombreux pays du monde en conflit. On y ressent les inquiétudes de l’enfance face aux nouvelles terribles qu’il apprend mais que souvent il ne comprend pas. En effet, en tant qu’adultes, on arrive à analyser les causes, les événements et on pressent bien tout ce qui annonce la catastrophe à venir. Mais l’enfant dans ce récit est le jeune garçon naïf qui ne comprendra que plus tard certaines tensions entre des personnages, des comportements qu’il analysera avec le recul qu’il aura une fois adulte. 

C’est aussi un récit très instructif, qui livre un témoignage méconnu sur le Burundi, on entend parler du Rwanda, mais peu finalement du Burundi et les conflits de cette époque. Le récit ne vise pas à tout dire, à analyser les causes du conflit, mais on apprend tout de même certaines choses, les faits nous sont relatés tels qu’ils se produisent, on en voit les conséquences surtout. On a quelques bribes de connaissances sur les raisons, sur les responsabilités du génocide, notamment le conflit précédent et les traces d’un premier génocide sous lequel couve le second, la responsabilité de la France, la non-intervention de la communauté internationale. Tout cela donne à réfléchir sur le sujet. Et rien de tel qu’un récit autobiographique. 

Mais malgré tout ce que j’ai pu en dire, ce n’est pas un récit géopolitique, c’est un récit dur, du fait de la guerre, des massacres, mais c’est terriblement beau. Les personnages dépeints, comme la mère, forte, indépendante et qui malmenée par la vie, anéantie sont vus à travers le regard de l’enfant, celui de l’amour mais aussi au travers ce regard cruel, sans concession. Gabriel, cet enfant, tiraillé par ses amis, ses parents essaie de mener une vie normale, et elle ne le sera jamais du fait des conflits, mais souvent la vie reprend ses droits, on essaie de faire la fête, lui-même a des préoccupations attendrissantes d’enfant : savoir qui est son meilleur ami, l’impressionner, avoir une amoureuse. C’est vraiment ce qui fait la force de ce roman, cette fragilité de l’enfance et cette dureté de la guerre. L’enfant, tout petit, inoffensif, face à la guerre, face au monde cruel des adultes, à la mort terrible, qui frappe injustement, en masse. 

Que d’émotions à la lecture de ce roman, c’est un récit simple, c’est-à-dire pas de pathos, rien de larmoyant, rein que la vie telle qu’elle est vécue par cet enfant. Et c’est vraiment beau.

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Mon traître – Sorj Chalandon

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Mon traître de Sorj Chalandon, éditeur : Grasset, 2008
Pourquoi ce livre ? J’ai découvert Sorj Chalandon avec Une promesse, puis le Quatrième Mur et Profession du père. J’adore son écriture, les histoires poignantes racontées et je l’ai rencontré en librairie, j’ai beaucoup aimé, je trouve que c’est un bon raconteur d’histoires. Je compte tout lire, ou presque. Avant de lire son dernier livre, Le jour d’avant, je lis d’autres romans plus anciens. 

Mon traître, une histoire jouée d’avance ? Pas de grande surprise, le traître est nommé comme tel dès le début. Sur ses motivations, autant le dire tout de suite, on ne nous le révèlera pas, le lecteur aura quelques pistes. Mais on va surtout suivre l’histoire du narrateur, un luthier, qui tombe amoureux de l’Irlande, qui admire son combat. Et le luthier, français, va évidemment nouer des amitiés fortes avec les gens du pays, notamment Jim et Tyrone, le traître. C’est donc l’histoire d’une amitié trahie, des idéaux à défendre mais derrière la réalité : la guerre, des héros qui ne sont que des hommes.

Un roman fort et qui permet de comprendre que au-delà du conflit irlandais, on tient quelque chose de plus général. Il s’agit bien d’une histoire particulière, que l’auteur a lui-même vécu en tant que journaliste à l’époque, mais il s’agit aussi d’une histoire d’amitié et de trahison. Et toutes les questions qui peuvent en découler, être trahi, cela veut-il dire que l’on n’a jamais été ami ? On voit comment tous les repères que le narrateur avait s’effondre. Il a besoin de savoir. 

Le narrateur est un personnage touchant et agaçant à la fois, touchant car il se prend d’amour pour ce pays, il est très proche de ses amis, il s’investit pleinement, à sa mesure, dans sa participation au conflit. Mais il est aussi très naïf, très entier, il se prend presque pour un guerrier lui aussi, il éprouve la peur, le sentiment presque grisant du danger. Il vit ce sentiment étrange d’être intégré à cette bande et d’être toujours à part, l’étranger. Mais dans le même temps, on ne lui trouve que très peu de mérite, il vient en Irlande, mais il ne sait que très peu de choses de ses amis, de ce qu’ils font, courageux certes mais à sa mesure, car il ne craint jamais grand-chose. C’est vraiment ce sentiment que j’ai eu avec ce personnage, un grand enfant, un peu naïf. 

Mon avis sur le roman : j’ai adoré. J’aime toujours la plume de l’auteur, quelques phrases choc, très belles, j’en ai noté une (page 105) :
« Et que ces hommes qui dormaient dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. »
Pas de suspense dans le roman, mais une envie partagée avec le narrateur de connaître les raisons de cette trahison, de vouloir comprendre. Quelle place avait-il dans tout ça ? Un combat mené avec passion et finalement tout ça pour rien ? Beaucoup de questions, peu de réponses concrètes mais un cheminement à travers les pensées du narrateur.

A lire pour découvrir le combat de l’Irlande de l’intérieur, une guerre dans toute sa complexité, des idéaux mais une guerre tout de même, un message qu’il ne faut pas oublier.

HhhH – Laurent Binet

41npgmshovl-_sx210_Un livre que je devais lire depuis un moment, il traînait dans ma bibliothèque, l’adaptation filmique sort au cinéma, il était temps de voir ce qu’il en est de ce livre dont j’avais beaucoup entendu parler à sa sortie autant en bien qu’en mal.

L’histoire : L’essentiel se passe en Tchéquie sous l’Occupation, l’auteur nous explique comment la situation de la Tchéquie si particulière va accueillir contrainte celui qu’on craint Heydrich, le bras droit d’Himmler. Un attentat est fomenté contre lui.

L’auteur analyse les sources de cet événement, le portrait d’Heydrich est disséqué : sa personnalité, sa famille, sa montée au pouvoir. On comprend aussi toute la géopolitique de l’époque, je trouve que l’auteur a été assez complet. On découvre aussi les trois personnages principaux, les parachutistes qui ont pour mission de tuer Heydrich.

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai littéralement avalé les cent dernières pages, j’étais complètement aux prises avec l’Histoire, je voulais connaître le dénouement de cet épisode. Soit dit en passant, je ne connaissais rien de cette période de l’Histoire en Tchéquie, j’exagère peut-être un peu, mais ce qu’on connaît de la Seconde Guerre Mondiale en France, se concentre sur le front de l’Ouest, j’ai peu lu sur l’Europe de l’est. J’ai donc appris énormément de choses. Des choses tragiques, la résistance n’est pas un acte anodin et il faut beaucoup de courage à ces personnes auxquelles l’auteur veut rendre hommage.

La particularité de ce roman, c’est qu’il se veut un roman historique où l’auteur explique toute sa difficulté à respecter l’histoire et l’envie que l’on peut avoir à romancer ce que l’on ne connaît pas. En effet, il manque toujours les détails, les dialogues dans une histoire, l’auteur ne peut prétendre à la vérité historique, il cherche à coller à cette vérité, mais il fait part de ses doutes, de ses errances, de sa difficulté à écrire certaines scènes. Le récit est donc ponctué de ces apartés avec le lecteur. L’auteur fait aussi référence à d’autres ouvrages traitant du même sujet.

Je comprends qu’on puisse être quelque peu dérouté, les premières pages m’ont un peu surprises des chapitres très courts, donc des interruptions permanentes dans le fil du récit. Mais petit à petit, je m’y suis habituée et j’ai trouvé cela très intéressant, on a l’impression que l’œuvre se fait sous nos yeux, que l’auteur partage son journal d’écriture, que certains chapitres n’ont pas été retouchés. Je trouve cela assez original de nous laisser penser que l’œuvre n’est qu’une ébauche, qu’elle ne sera jamais parfaitement ce que l’auteur voulait en faire.

Ce roman alterne avec des réflexions historiques et littéraires qui en font un roman très particulier, très intéressant. J’ai vraiment adoré !

A lire pour découvrir un pan de l’histoire tchèque, pour voir un roman en train de se faire.

Le théorème du perroquet – Denis Guedj

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C’est l’histoire d’une famille recomposée de manière très originale, il y a Perrette l’employée-libraire, M. Ruche le propriétaire invalide, qui s’apparente au grand-père, Max, le fils de Perrette, sourd qui se révèle être son fis adoptif et les deux jumeaux dont la naissance est un mystère. Ces personnages originaux reçoivent deux cadeaux : la bibliothèque d’un ami de M. Ruche que l’on retrouve mort dans sa maison incendiée et un perroquet, rebaptisé Nofutur et sauvé de trafiquants par Max.

Bref, c’est un joyeux capharnaüm dans cette maisonnée. Ils se mettent en quête d’un mystère, Grosrouvre qui a envoyé la bibliothèque affirme avoir résolu la conjecture de Fermat, mais il n’a rien publié, il n’a laissé que deux lettres et des indices.

Clairement, il faut être curieux d’apprendre ou de revoir des notions mathématiques, allergiques aux maths : s’abstenir car vous ne tiendrez pas les 650 pages du roman. En effet, le récit alterne avec des exposés mathématiques, mis en scène, donc rien d’insurmontable à la lecture. On revoit avec les personnages : Thalès, Pythagore, Euclide, Archimède, Fermat, Euler…. et tous ceux qu’on ne connaît pas mais qui ont fait d’importantes découvertes. Ce n’est pas seulement leurs découvertes mais aussi leur personnalité, leur vie qu’on découvre.

C’est un ouvrage de vulgarisation très intéressant, bon l’intrigue se termine un peu en eau de boudin… Cela nous tient un peu en haleine… mais pas de grandes révélations à la fin, c’est même un peu abracadabrantesque. Bon, ce qu’il faut retenir c’est cette mise en scène sur les mathématiques, car on sent que c’est l’objectif de l’auteur, mettre en scène les mathématiciens, les faire connaître.

Autant dire que j’ai tout de même adoré ce roman, j’ai appris plein de choses intéressantes, il faut se concentrer un peu pour certaines démonstrations mais dans l’ensemble c’est assez plaisant de se souvenir de notions du collège et découvrir des enjeux intéressants.

A lire pour apprendre, pour les curieux qui ont envie d’élargir leur horizon !

Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard

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L’histoire de Claude Monet évidemment mais pas seulement c’est aussi celle de Bazille, de l’amitié de peintres: des impressionnistes. Il ne s’agit pas de l’âge d’or, cela vient bien après. Un roman qui parle des galères, de la pauvreté même, mais aussi de l’amour. L’amour pour Camille, mais plus touchant l’amour de Bazille, la tendresse du peintre pour son ami méridional.
Le roman commence ainsi sur la mort du jeune peintre, qui s’est sacrifié pour la France. Et c’est cela que va retenir Monet. La guerre va le marquer profondément et la perte de son ami le hanter. Il va œuvrer pour qu’il ne soit jamais oublié.
C’est cela que j’ai apprécié dans le roman, je l’ai trouvé très touchant. L’auteur n’en fait pas trop dans le pathos. On a l’impression d’avoir un témoignage sincère du peintre. Dans la peau du peintre, on parcourt sa vie jusqu’à sa mort et son amitié avec Clemenceau.
Alors évidemment on apprend pleins de choses, rien de révolutionnaire mais c’est toujours intéressant de se plonger dans la vie du peintre, de connaître certains détails de sa vie.
J’ai adoré me plonger dans cette lecture, une jolie lecture, calme et savoureuse.

Romain Gary s’en va-t-en guerre -Laurent Setsik

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C’est l’histoire de Romain Gary comme le titre l’indiqué mais plus particulièrement de deux jours dans la vie enfantine de l’écrivain à Wilno avec sa mère mais aussi confronté à la réalité d’un père qui se détache, qui reconstruit sa vie et qui abandonne son fils.

Voilà ce qu’on peut résumer grossièrement car en réalité tout cela est beaucoup plus fin. L’auteur écrit l’histoire de la mère et du père de Romain. Une mère qui apparaît comme excentrique, loufoque, extrêmement tendre avec son fils, une relation fusionelle. Et de l’autre côté, le père qui apparaît fuyant de ses responsabilités car pris détache ans un étau par la société,  par détache ans eux femmes qui demandent son attention, mais surtout un père aimant et fier de son fils. Entre les deux évidemment on trouve Roman, qui a du mal à se trouver entre ces deux un personnalités,  il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Une attraction terrible l’attire vers ce père,  il veut croire en lui.

Roman va tout découvrir sur ce pere, cette vérité qu’on veut cacher à un enfant lors de cette petite fugue, lorsqu’il va sécher l’école pour parcourir la ville. Et c’est là que j’ai véritablement apprécié le roman, dans ces portraits brosses par l’auteur des personnages que rencontré Roman. L’enfant va être confronter à la dure réalité de la vie, du mal des adultes, de la haine des juifs qui se développe en 1925. On trouve beaucoup de poesie, l’eau rencontré avec Macha, la jeune fille que tout le monde prend pour une folle mais qui en réalité est pleine de sagesse, qui a compris le monde, sa dureté. Il y aussi le Rabbin, sage qui tente de rassurer le petit garçon sur le sens de la vie.

Toutes ces rencontres vont forger le petit garçon et après ce court voyage initiatique, il aura tout compris et en sera à jamais transformé :  » J’ai vu ce que mes pères ont vu, je n’ai plus dix ans et demi, j’en ans quatre-vingts. » Cette vue du monde par un petit garçon est attendrissante, poétique, une prise de conscience très dure, poignante. C’est à ce moment qu’on se dit que ce garçon ne peut être comme les autres.

Un roman qui donne envie de lire Romain Gary à l’aune de cette image du père.

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant – Bernard Prou

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Comme le titre l’indique, c’est l’histoire de la vie de Maupassant ou pour être plus exacte, on commence la lecture par la fin de la vie de Maupassant et sa rencontre avec Loubia Vassilkov. De cet amour naîtra leur fils Alexis, non reconnu par son père.

Après la mort de Maupassant, Loubia rentre en Russie, on va ainsi traverser le XXe siècle, et l’Europe à travers la vie de ce fils à qui il arrive des choses incroyables. L’histoire du XXe siècle est en effet mouvementée, d’un goulag en Sibérie, on retourne en France pendant la Deuxième guerre mondiale.

Ce roman est palpitant, si l’on aime les fresques historiques et qu’on veut apprendre des choses dont personne ne parle mais qui semble très documentée par l’auteur, vous avez fait le bon choix. Après on a aussi, un côté très romanesque, l’auteur arrive à donner de l’ampleur à son personnage, il en devient un héros mesuré après tant d’aventures, de malheurs.

Ce qui est très plaisant c’est aussi le style de l’auteur, très imagé, très drôle aussi, des scènes qui sont données à voir par des images très claires et un vocabulaire peu usité parfois vieilli mais ce qui rend le roman très agréable.

On apprend beaucoup de choses sur Lénine, la franc-maçonnerie, Loubia Vassilkov, la résistance dans le Chambon, vous ajoutez des secrets de famille et vous avez vraiment tous les ingrédients pour passer un agréable moment avec un personnage hors du commun.

L’arabe du futur -Riad Sattouf

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J’ai enfin lu cette bande dessinée au grand succès, dont tout le monde parle… Et je n’ai pas été déçue. L’histoire c’est celle de Riad, petit garçon aux cheveux d’or qui part avec son père et sa mère vivre en Lybie tout d’abord. Le père de Riad a en effet obtenu un poste d’universitaire là-bas, au moment où Khadafi prend le pouvoir et a pour ambition d’éduquer son peuple.
Tout se mêle alors dans ce récit : vie politique et la vie personnelle d’un petit garçon qui ne comprend pas tous les enjeux de la vie, de la société. Les mots sont donc simples, mais tellement innocents parfois qu’ils en sont criants de vérité et percutants pour un lecteur adulte.
Puis après un passage en France, c’est le déménagement en Syrie, le père de Riad est syrien justement, il retrouve alors sa famille. Pour le petit Riad, la vie devient plus difficile, il grandit, il a du mal à se faire accepter avec ses cheveux blonds, à se faire des amis car il ne va pas encore à l’école. Il a du mal à s’intégrer à cause de sa différence. Un beau sujet.
On s’attache beaucoup à ce petit bonhomme qui découvre la vie, on entre bien dans cet univers à chaque fois monochrome, cela donne une ambiance mais la couleur qui nous inviterait au réalisme, nous laisse extérieur et cela paraît de ce fait moins dur. On voit ce que voit cet enfant, une vision naïve, édulcorée de ce qui se joue parfois de cruel.

Une bande dessinée à découvrir car on y apprend tellement.

La griffe du chien – Don Winslow

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Une histoire difficile à résumer car elle dure sur de longues années et grouille de personnages qui se croisent, changent de camp. Mais on peut tout de même le résumer ainsi, c’est l’histoire d’Art Keller, qui devient seigneur de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et veut démanteler le clan des Barrera qui importe de la drogue.
Bien plus qu’une histoire, c’est une vraie plongée dans ce monde de la drogue, on sent que c’est très documenté et très réaliste. Ames sensibles s’abstenir ! Les narco trafiquants ont peu de sentiments et ça saigne ! Mais ce n’est absolument pas ça que je retiendrai.
Ce que je retiens surtout c’est la capacité de l’auteur à nous raconter et à nous expliquer en même temps les enjeux du côté mexicain mais aussi l’intérêt des Etats-Unis. C’est vraiment complexe mais ce n’est pas du tout manichéen comme roman. Il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Le tout est entremêlé. L’auteur nous emmène dans la recherche des Barrera pendant plus de 800 pages et de manière haletante. On ne s’ennuie jamais.
Les personnages aussi sont très intéressants, ça grouille de personnages, mais leurs caractères sont finement travaillés, on se les imagine bien, par ce que les autres personnages pensent d’eux parfois avec de gros clichés comme sur les Irlandais, mais aussi parce qu’à chaque fois on a leurs pensées pour les cerner. Cette alternance permet au lecteur de mieux les connaître, de voir ce qu’ils renvoient mais aussi ce qu’ils pensent. Les personnages sont animés par un sentiment de vengeance, mais c’est aussi leur survie qui est au cœur de l’action, l’inattention n’est pas permise, c’est l’erreur fatale. Mais je ne devrais peut-être pas dire ça mais les personnages sont attachants, même les plus grands criminels, car l’auteur nous les fait apparaître comme des humains, des monstres certes mais avec leurs failles, leurs sentiments. Alors non, on n’oublie pas les pires atrocités commises mais le temps de quelques pages, on se rend compte qu’ils ont aussi un cœur. C’est un roman haletant, passionnant, il ne faut pas avoir peur de la longueur, ça vaut vraiment le coup, on en sort informé de ces relations entre les Etats-Unis et le Mexique, les cartels de drogue, des enjeux politiques complexes. Mais on sort aussi de cet univers qui nous a été familier presque à regret.

Un livre haletant et passionnant !

La valse des arbres et du ciel – J-M. Guenassia

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C’est l’histoire de Marguerite Gachet, la fille du célèbre Docteur Gachet, considéré comme l’un des amis des impressionnistes et connu pour avoir soigné Van Gogh à la fin de sa vie. L’auteur imagine que la jeune fille aurait eu une liaison avec Van Gogh, son seul et unique amour et surtout part sur l’hypothèse d’un meurtre de Van Gogh plus qu’un suicide, thèse qui serait aujourd’hui proposé par plusieurs historiens sans toutefois pouvoir la confirmer.

Ainsi, le lecteur se retrouve plongé à Auvers-sur-Oise, en compagnie du docteur Gachet, son fils, sa fille et Van Gogh, dans ce petit village éloigné de tout, une société très fermée, très policée comme il est de coutume à l’époque. Une liaison va naître entre Marguerite, qui a 19 ans, qui rêve de de devenir peintre, de partir pour l’Amérique, pour sortir de ce carcan de la bourgeoisie qui lui pèse.

C’est ainsi que l’auteur nous dépeint la condition de la femme, prisonnière du père de famille, sans possibilité de choisir son avenir. Cette description accentuée par les passages narratifs qui alternent avec des coupures de journaux de l’époque. C’est vraiment intéressant de se trouver dans une société différente et à la fois si proche paradoxalement.

On apprend aussi beaucoup sur Van Gogh, sur sa fureur de peindre, ses tableaux, sa manière décrite et les faux qui ont été faits après sa mort. L’auteur nous donne l’envie de se plonger dans la correspondance de Vincent et de Théo. On voit Vincent préoccupé par quelque chose qui pourrait justifier son suicide, sa possible maladie entre autres choses, mais la possibilité du meurtre laisse une voie ouverte à l’imagination.
C’est bien écrit et très documenté comme à l’habitude de l’auteur. On apprend et on se divertit en même temps.

A lire pour ceux qui aiment la littérature et la peinture, une histoire romanesque où l’on apprend.