Archives pour la catégorie Les livres qui marquent

Cœur-Naufrage – Delphine Bertholon

CVT_Coeur-naufrage_8959Ce roman est un de mes derniers coups de cœur de 2017 : Cœur-Naufrage, Delphine Bertholon, J-C Lattès (01/03/2017). 

Ce roman m’a bouleversé et tout au long de la lecture ce sentiment ne faisait que croître. 
L’histoire est magnifique, même si elle est très difficile. C’est l’histoire d’une jeune femme d’une trentaine d’années qui n’est pas épanouie dans sa vie qu’elle soit amoureuse, d’un point de vue de son développement personnel, même professionnellement elle n’a pas confiance en elle. On découvre petit à petit ce qui a pu se passer dans l’adolescence de cette jeune femme pour qu’elle soit ainsi, un événement a bouleversé sa vie, l’a changé à jamais, même si elle a tenté d’en effacer les traces dans sa vie. 

L’autrice nous raconte alors cette femme, un personnage féminin somme toute banale, dans lequel toute femme pourrait se reconnaître facilement, pas dans le drame qu’elle vit mais dans ses interrogations sur la vie, celles qu’on peut tous avoir : « et si… ». Un roman sur les choix que l’on fait dans la vie et sur ceux que l’on ne fait pas, que l’on nous impose. C’est le même genre d’interrogations que dans Miss Cyclone de Laurence Peyrin, l’événement n’est pas si différent mais le traitement et l’avenir est traité de manière différente. Ce sont des interrogations intéressantes et qui me touchent particulièrement.

Ce roman est aussi magnifique par son écriture. L’écriture est en effet percutante et à la fois fine, derrière une phrase, on perçoit quelque chose d’autre que ce soit terrible ou plein d’espoir. Beaucoup d’émotions traversent ce roman, il est très touchant, dramatique mais il est aussi plein de joie et d’espoir. C’est ce contraste qui révèle encore sa beauté.

Un roman coup de poing et coup de cœur à la fois.  

 

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Petit pays – Gaël Faye

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Petit Pays de Gaël Faye, éditions Grasset, 2016
C’est un roman dont j’ai beaucoup entendu parler dans les médias, mais aussi et surtout par bouche à oreille, et à chaque fois, j’ai eu un retour positif. Je me suis enfin laissée tenter.

L’histoire est celle réelle de l’auteur, vivant au Burundi, en plein conflit guerrier et surtout au moment où le Rwanda pays voisin est en proie à une guerre intestine qui aboutira au génocide de 1994 des Hutu sur les Tutsi. Le narrateur est lui-même fils d’une rwandaise exilée de son pays, quelques membres de sa famille proche sont restés au Rwanda. 

Un récit très universel, outre l’histoire personnelle de l’auteur, on y voit aussi la vie d’un enfant en temps de guerre et ce récit malheureusement pourrait être celui d’enfants vivant dans les nombreux pays du monde en conflit. On y ressent les inquiétudes de l’enfance face aux nouvelles terribles qu’il apprend mais que souvent il ne comprend pas. En effet, en tant qu’adultes, on arrive à analyser les causes, les événements et on pressent bien tout ce qui annonce la catastrophe à venir. Mais l’enfant dans ce récit est le jeune garçon naïf qui ne comprendra que plus tard certaines tensions entre des personnages, des comportements qu’il analysera avec le recul qu’il aura une fois adulte. 

C’est aussi un récit très instructif, qui livre un témoignage méconnu sur le Burundi, on entend parler du Rwanda, mais peu finalement du Burundi et les conflits de cette époque. Le récit ne vise pas à tout dire, à analyser les causes du conflit, mais on apprend tout de même certaines choses, les faits nous sont relatés tels qu’ils se produisent, on en voit les conséquences surtout. On a quelques bribes de connaissances sur les raisons, sur les responsabilités du génocide, notamment le conflit précédent et les traces d’un premier génocide sous lequel couve le second, la responsabilité de la France, la non-intervention de la communauté internationale. Tout cela donne à réfléchir sur le sujet. Et rien de tel qu’un récit autobiographique. 

Mais malgré tout ce que j’ai pu en dire, ce n’est pas un récit géopolitique, c’est un récit dur, du fait de la guerre, des massacres, mais c’est terriblement beau. Les personnages dépeints, comme la mère, forte, indépendante et qui malmenée par la vie, anéantie sont vus à travers le regard de l’enfant, celui de l’amour mais aussi au travers ce regard cruel, sans concession. Gabriel, cet enfant, tiraillé par ses amis, ses parents essaie de mener une vie normale, et elle ne le sera jamais du fait des conflits, mais souvent la vie reprend ses droits, on essaie de faire la fête, lui-même a des préoccupations attendrissantes d’enfant : savoir qui est son meilleur ami, l’impressionner, avoir une amoureuse. C’est vraiment ce qui fait la force de ce roman, cette fragilité de l’enfance et cette dureté de la guerre. L’enfant, tout petit, inoffensif, face à la guerre, face au monde cruel des adultes, à la mort terrible, qui frappe injustement, en masse. 

Que d’émotions à la lecture de ce roman, c’est un récit simple, c’est-à-dire pas de pathos, rien de larmoyant, rein que la vie telle qu’elle est vécue par cet enfant. Et c’est vraiment beau.

Mon traître – Sorj Chalandon

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Mon traître de Sorj Chalandon, éditeur : Grasset, 2008
Pourquoi ce livre ? J’ai découvert Sorj Chalandon avec Une promesse, puis le Quatrième Mur et Profession du père. J’adore son écriture, les histoires poignantes racontées et je l’ai rencontré en librairie, j’ai beaucoup aimé, je trouve que c’est un bon raconteur d’histoires. Je compte tout lire, ou presque. Avant de lire son dernier livre, Le jour d’avant, je lis d’autres romans plus anciens. 

Mon traître, une histoire jouée d’avance ? Pas de grande surprise, le traître est nommé comme tel dès le début. Sur ses motivations, autant le dire tout de suite, on ne nous le révèlera pas, le lecteur aura quelques pistes. Mais on va surtout suivre l’histoire du narrateur, un luthier, qui tombe amoureux de l’Irlande, qui admire son combat. Et le luthier, français, va évidemment nouer des amitiés fortes avec les gens du pays, notamment Jim et Tyrone, le traître. C’est donc l’histoire d’une amitié trahie, des idéaux à défendre mais derrière la réalité : la guerre, des héros qui ne sont que des hommes.

Un roman fort et qui permet de comprendre que au-delà du conflit irlandais, on tient quelque chose de plus général. Il s’agit bien d’une histoire particulière, que l’auteur a lui-même vécu en tant que journaliste à l’époque, mais il s’agit aussi d’une histoire d’amitié et de trahison. Et toutes les questions qui peuvent en découler, être trahi, cela veut-il dire que l’on n’a jamais été ami ? On voit comment tous les repères que le narrateur avait s’effondre. Il a besoin de savoir. 

Le narrateur est un personnage touchant et agaçant à la fois, touchant car il se prend d’amour pour ce pays, il est très proche de ses amis, il s’investit pleinement, à sa mesure, dans sa participation au conflit. Mais il est aussi très naïf, très entier, il se prend presque pour un guerrier lui aussi, il éprouve la peur, le sentiment presque grisant du danger. Il vit ce sentiment étrange d’être intégré à cette bande et d’être toujours à part, l’étranger. Mais dans le même temps, on ne lui trouve que très peu de mérite, il vient en Irlande, mais il ne sait que très peu de choses de ses amis, de ce qu’ils font, courageux certes mais à sa mesure, car il ne craint jamais grand-chose. C’est vraiment ce sentiment que j’ai eu avec ce personnage, un grand enfant, un peu naïf. 

Mon avis sur le roman : j’ai adoré. J’aime toujours la plume de l’auteur, quelques phrases choc, très belles, j’en ai noté une (page 105) :
« Et que ces hommes qui dormaient dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. »
Pas de suspense dans le roman, mais une envie partagée avec le narrateur de connaître les raisons de cette trahison, de vouloir comprendre. Quelle place avait-il dans tout ça ? Un combat mené avec passion et finalement tout ça pour rien ? Beaucoup de questions, peu de réponses concrètes mais un cheminement à travers les pensées du narrateur.

A lire pour découvrir le combat de l’Irlande de l’intérieur, une guerre dans toute sa complexité, des idéaux mais une guerre tout de même, un message qu’il ne faut pas oublier.

Les revenants – Laura Kasichke

515lsbnz1zl-_sx210_Les revenants – Laura Kasichke, Le Livre de Poche, 2013. Etant jusque-là une inconditionnelle de Laura Kasichke, je poursuis ma lecture de l’autrice. Il me reste encore quelques romans à découvrir, mais je compte lire tout ce qu’elle écrit, je suis sous le charme de sa plume et de ses histoires sombres. Ma dernière lecture remonte à Esprit d’Hiver.

Ce roman commence assez fort par un accident de voiture, deux jeunes étudiants impliqués Nicole et Craig, et un témoin Shelly. On retrouve ces personnages quelque temps après, sur le campus de l’université, malheureusement Nicole est décédée des suites de l’accident. Craig est considéré comme responsable. Cependant pour Shelly, rien ne colle, les versions des journaux ne relatent pas la vérité et l’accusent d’avoir tardé à appeler les secours. Et puis, les mystères se multiplient car le fantôme de Nicole apparaît à plusieurs reprises sur le campus et différentes personnes témoignent l’avoir vu. Une histoire à devenir fous.

Autant le dire tout de suite, c’est un roman assez long que j’ai adoré, l’autrice laisse les choses se mettre en place, elle place bien le décor, les personnages, toute une ambiance se met en place. Les personnages au-delà de leurs liens entre eux ont des problématiques personnelles, ainsi Laura Kasichke ne fait pas que raconter une histoire, comme toujours elle dépeint une société américaine en crise, celle notamment qui met à mal les couples, les étudiants qui essaient de se construire une place dans le monde. 

Autre thème récurrent : le blizzard qui vient s’ajouter à une atmosphère de plus en plus oppressante. C’est un peu comme un piège qui se referme, ou une manière de rester cloitrer chez soi, un peu comme les secrets qui se révèlent ou justement qu’on étouffe. En effet, ce qu’on retrouve ici, c’est bien les secrets, les apparences qui se dévoilent, se transforment au gré des envies ou aux dépens des personnages. Difficile d’en dire plus pour ne pas révéler toute l’intrigue. Et même si une centaine de pages avant la fin, le lecteur comprend ce qui se trame, la conclusion n’arrive qu’à la fin du roman, rien n’est joué. Rien n’est blanc ou noir, il y a du gris partout dans ce roman, c’est flou, on pense avoir les réponses et finalement elles nous échappent. La vérité n’éclate jamais au grand jour. 

C’est un livre avant tout tragique, le fantastique malgré le titre n’a que très peu de place, les mystères en revanche font le sel de ce roman. L’écriture, même s’il s’agit de traduction, est un vrai plaisir, car elle est soignée, dans le détail. On prend son temps pour dépeindre, les lieux, l’atmosphère et c’est ce qui fait que j’ai été happé par ce livre. Ce n’est pas celui de l’autrice que je préfère mais c’est une expérience de lecture que je n’oublierai pas de sitôt. 

A lire pour une lecture prenante, une description des campus américain un peu glauque, loin des paillettes et au plus près de la réalité, un roman plein de mystères. 

Croire au merveilleux – Christophe Ono-Dit-Biot

41jd8l56pkl-_sx195_Croire au merveilleux, Christophe Ono-Dit-Biot, Gallimard, 2017
C’est un roman que j’ai commencé à voir sur les blogs et beaucoup de louanges, je n’avais pas lu Plonger mais il me tentait depuis longtemps et on peut lire les deux de manière indépendante. Je me suis laissée tenter quand je l’ai vu. 

C’est l’histoire de César qui ayant perdu sa femme, l’amour de sa vie veut mettre fin à ses jours. Il n’a plus aucune envie de vivre et son fils ne constitue même plus une raison pour lui de continuer. Par chance, une jeune voisine fait son apparition dans l’immeuble et le détourne de son projet. Nana est bien étrange, un air de déjà vu, le narrateur se remémore… 

On pourrait penser qu’il s’agit d’une simple romance mais il n’en est rien. D’ailleurs, je pensais que ça se passerait ainsi que la jeune fille détournerait l’homme de son projet, une passade salvatrice, mais en réalité, il s’agit bien de « croire au merveilleux » et je dirai que le tout s’accompagne de magie, de mystère. 

L’écriture est sublime, truffée de références à la littérature antique mais pas seulement, mais elle est aussi très forte par les images qu’elle suscite. L’auteur crée un pont entre l’antiquité perdue et rêvée et notre monde actuel, notre société post-attentat qui est complètement perdue. Derrière cette magnifique histoire d’amour entre un mari qui ne peut vivre sans sa femme, il y a une véritable réflexion sur la religion. On y voit deux aspects, et entre les deux un fossé, d’un côté, le côté merveilleux et de l’autre tout ce qu’il y a d’extrême et de dangereux. C’est donc très fort du point de vue de la réflexion mais aussi de l’émotion. 

L’histoire d’amour est en effet très belle, très intense entre le mari et la femme perdue, mais les relations entre le père et le fils sont aussi très fines, perçues de manière sensible. J’ai vraiment beaucoup aimé cette finesse, cette tendresse. C’est un livre qui parle avant tout du manque, du deuil, de l’amour mais c’est un roman plein d’espoir et de fantaisie. Fantaisie oui, car le roman nous emmène là on ne s’y attend pas et surtout il y a un côté mystique lié à la religion. J’ai donc vraiment aimé ce roman, j’en suis ressortie toute chose, émue par ces mots si justes. 

A lire pour l’histoire d’amour exceptionnelle, pour vibrer avec le personnage au gré de ses émotions. 

 

Vernon Subutex – Virginie Despentes

513ikvtptol-_sx210_Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes, Le livre de poche, 2016. On en entend beaucoup parler depuis la sortie du troisième tome, je n’avais pas eu l’envie auparavant de me plonger dans ce livre mais les critiques aidant, je me suis lancée. 

C’est l’histoire de Vernon Subutex, ancien disquaire, dont la vie bascule lorsqu’il se fait expulser de chez lui, il ne peut plus se faire aider par son ami chanteur rock, décédé. Ce dernier lui a confié des enregistrements. Que contiennent-ils ? Pourquoi tant de monde s’intéresse-t-il à ce qu’a pu dire Alex Bleach ?

Ces questions se posent mais Virginie Despentes n’y répond pas dans ce tome, finalement peu importe ces enregistrements, d’ailleurs c’est le cadet des soucis de Vernon. On suit plutôt ce personnage dans ses galères, ses aventures amoureuses, ses rencontres avec des personnes qui vont l’aider, lui nuire. Tous ces personnages forment un portrait de la société française. On passe du trader au SDF, du jeune extrémiste à la jeune fille voilée, de la mère de famille à une femme trans… Bref, on passe d’un portrait, d’une histoire à une autre et le lecteur va de surprise en surprise. On pourrait trouver ces personnages saugrenus mais ils sont attachants et tellement justes. 

Donc on le voit bien ce n’est pas l’intrigue qui nous tient, même si elle constitue le fil du roman, mais ce sont ces personnages et celui surtout de Vernon, on peut se demander comment cet homme tombe si bas, on a le sentiment qu’il manque de peu chaque chose qu’il entreprend, il ne réussit rien mais il semble à peu de chose de le faire. Il semble petit à petit dénué de toute volonté. De ce fait, je l’ai trouvé à la fois attachant et tout autant agaçant. L’autre point fort du roman c’est le style de Virginie Despentes, c’est une écriture très fluide mais les mots sont percutants, crus parfois, toujours justes et elle n’hésite pas à aller au bout des idées des personnages, quitte à en être dérangeante pour le lecteur. Pas de faux-semblant, pas de concession pour notre société. Je trouve ce roman très puissant et engagé, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un tel roman. 

A lire pour savourer des personnages étranges, extrêmes et tellement réels, pour avoir un œil critique sur notre société et pour découvrir ce qui va arriver à Vernon Subutex et à ces enregistrements… 

Continuer – Laurent Mauvignier

Continuer par Mauvignier

Continuer de Laurent Mauvignier aux Editions de Minuit (2016) est un roman que l’on m’a conseillé, quand il a croisé ma route, je l’ai emprunté, lu et autant le dire tout de suite je l’ai trouvé fantastique et bouleversant. 

L’histoire c’est celle de Sybille, une mère de famille, divorcée, dont le fils semble très éloigné de la vie réelle, dans son monde et qui tourne franchement mal. Pleine de courage, elle revend la maison qui lui est chère et part avec son fils effectuer la traversée du Kirghizistan à cheval. Elle espère que ce voyage et cette manière de vivre lui ouvrira les yeux, le transformera et lui permettra d’appréhender pleinement la vie.

L’intérêt de ce roman c’est autant la façon dont va se dérouler le voyage et comment le fils va pouvoir en tirer profit et s’il parviendra à en tirer profit. De ce point de vue, l’intrigue est assez captivante et le lecteur dans l’attente d’un dénouement heureux, mais l’auteur sème ce parcours d’embûches qui laisse le lecteur dans le doute jusqu’à la fin du roman. L’autre clé du roman c’est le retour dans le passé, qu’a fait le fils pour que sa mère prenne une décision aussi extrême ? Qui est cette femme-courage qui choisit de traverser un pays inconnu ? Quel est son passé ? Elle aussi est aussi traumatisée par la vie que son fils, petit à petit on reconstruit le fil de sa vie et on comprend mieux ce qui est en jeu pendant ce voyage. 

L’écriture est magnifique, on passe des pensées de l’un à l’autre des personnages, mais ce n’est pas qu’un échange de point de vue classique, l’un et l’autre dialogue aussi par le regard, ce qu’il imagine de l’autre. De ce fait, le roman est plein de non-dits entre la mère et le fils, cela accentue encore la tension dans le roman. C’est vraiment magnifique, l’auteur nous plonge dans une incertitude complète sur le dénouement, chaque épisode aussi est plein de tension et fait frémir le lecteur. Le lecteur n’est jamais tranquille, ce n’est pas une promenade à cheval mais une véritable aventure, les péripéties ne sont pas seulement des embûches mais chaque personnage fait preuve de résistance l’un envers l’autre et c’est ce parcours qui doit relier la mère et le fils qui est fabuleux et magnifique. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, rempli d’émotion. A noter aussi que les paysages semblent fabuleux, une manière de voyager dans un pays qui m’est complètement inconnu. L’auteur donne vraiment à voir ces grands espaces, ce peuple de nomades, et aborde par ailleurs des problématiques sociales plus graves qui sont évoquées dans le roman notamment le racisme et encore bien plus la peur de l’autre, l’étranger. 

A lire pour voyager très loin, pour partager ces moments d’intimité entre une mère et son fils dont le mot d’ordre est Continuer. Rien que le titre est déjà fort.

Eldorado – Laurent Gaudé

cvt_eldorado_3176Après une expérience concluante avec La mort du roi Tsongor, je renouvelle ma lecture de cet auteur. Je suis de nouveau sous le charme.

Eldorado c’est l’histoire de Salvatore, commandant italien d’une frégate en Sicile, près de Lampedusa, chargé de repêcher les embarcations de fortune des migrants qui veulent passer la Méditerranée et s’installer en Europe pour fuir un quotidien difficile et découvrir un monde meilleur. Mais c’est aussi l’histoire de Soleiman qui quitte le Soudan pour l’Europe avec son frère. Un roman à deux voix, deux côtés du continent, deux points de vue sur l’Europe très différents.

Un roman écrit, il y a dix ans maintenant, mais si actuel. Un éclairage sur la volonté des migrants à arriver en Europe, à quitter ce qu’ils ont de plus chers pour devenir des personnes sans noms, sans histoires, une fois qu’ils ont quittés leur ville. C’est si dur, si cruel et si vrai. De l’autre côté, un commandant italien, qui obéit aux ordres, qui recueille les migrants en mer, mais qui ne peut rien pour eux, une fois accueillis sur le bateau, les migrants sont renvoyés. Et combien de morts ? Un traitement inhumain dont personne ne s’indigne.

Je trouve une fois de plus que l’écriture est très juste, des phrases puissantes, un choc à la lecture devant des images terribles, des personnages très forts. Je trouve que l’écriture est aussi très poétique, le récit est aussi plein d’espoir. Tout réside dans l’humain, la volonté des hommes contre l’ordre établi, la conviction que tout ira mieux, un jour, ailleurs…

Un livre à lire qui colle à l’actualité, sensible, criant de vérité.

 

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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Mathilde revient sur les lieux qui ont marqué son adolescence et sa jeune vie d’adulte émancipée, elle se souvient. Elle se souvient de Paulot, son père, centre de toutes les attentions au village, jusqu’au jour où Paulot soit atteint de tuberculose. Il est envoyé à Aincourt, puis sa mère et là c’est le drame, la famille se délite complètement.

Les assistantes sociales, la ruine, la pauvreté, la faim tout ce que Mathilde va connaître seule, elle va lutter envers et contre tous pour retrouver la sérénité familiale, elle va y croire, elle va s’user, elle, la petite fille invisible, elle va devenir le pilier de la famille.
On suit ainsi Mathilde dans sa quête du bonheur, pendant les Trente Glorieuses, il y a pourtant des oubliés, des familles qui ne verront pas la France prospérer. Mathilde est dans son village, elle tente de s’échapper de ce carcan, prise dans un étau, quitter ce village de la honte et c’est à la fois l’endroit de la maison, de l’ancre, où tout vous ramène.

C’est un très beau roman, une écriture simple et puissante à la fois. C’est aussi très poétique, j’ai beaucoup aimé le chapitre de la « fille étymologique ». Ce n’est pas forcément le plus facile mais c’est aussi beau et plein de force et d’espoir. Le sujet est difficile, on ne rit pas, les drames s’enchaînent, mais le roman est plein de tendresse. Cette jeune fille toujours debout est tellement forte, qu’on veut la suivre, qu’on y croit pour elle, qu’on se dit qu’elle va y arriver. Pas de pathos, parce que justement cette jeune fille ne joue jamais les misérabilistes, elle a sa fierté, quelle leçon de vie ! Le lecteur tranquillement plongé dans sa lecture ne connaîtra peut-être pas autant de difficultés dans sa vie, mais cette jeune fille est une force de la nature, un exemple à suivre. Se dire qu’il y a une solution à tout.

C’est émouvant aussi cet amour que Mathilde porte à son père, cet amour de la famille quitte à oublier sa vie personnelle. Pendant ce temps Mathilde ne vit pas vraiment, elle survit. On apprend aussi beaucoup sur la manière de traiter les malades de la tuberculose, la Sécurité Sociale qui fait ses débuts, la guerre d’Algérie en arrière-plan.

Un roman magnifique, fort, émouvant et tendre.

Romain Gary s’en va-t-en guerre -Laurent Setsik

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C’est l’histoire de Romain Gary comme le titre l’indiqué mais plus particulièrement de deux jours dans la vie enfantine de l’écrivain à Wilno avec sa mère mais aussi confronté à la réalité d’un père qui se détache, qui reconstruit sa vie et qui abandonne son fils.

Voilà ce qu’on peut résumer grossièrement car en réalité tout cela est beaucoup plus fin. L’auteur écrit l’histoire de la mère et du père de Romain. Une mère qui apparaît comme excentrique, loufoque, extrêmement tendre avec son fils, une relation fusionelle. Et de l’autre côté, le père qui apparaît fuyant de ses responsabilités car pris détache ans un étau par la société,  par détache ans eux femmes qui demandent son attention, mais surtout un père aimant et fier de son fils. Entre les deux évidemment on trouve Roman, qui a du mal à se trouver entre ces deux un personnalités,  il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Une attraction terrible l’attire vers ce père,  il veut croire en lui.

Roman va tout découvrir sur ce pere, cette vérité qu’on veut cacher à un enfant lors de cette petite fugue, lorsqu’il va sécher l’école pour parcourir la ville. Et c’est là que j’ai véritablement apprécié le roman, dans ces portraits brosses par l’auteur des personnages que rencontré Roman. L’enfant va être confronter à la dure réalité de la vie, du mal des adultes, de la haine des juifs qui se développe en 1925. On trouve beaucoup de poesie, l’eau rencontré avec Macha, la jeune fille que tout le monde prend pour une folle mais qui en réalité est pleine de sagesse, qui a compris le monde, sa dureté. Il y aussi le Rabbin, sage qui tente de rassurer le petit garçon sur le sens de la vie.

Toutes ces rencontres vont forger le petit garçon et après ce court voyage initiatique, il aura tout compris et en sera à jamais transformé :  » J’ai vu ce que mes pères ont vu, je n’ai plus dix ans et demi, j’en ans quatre-vingts. » Cette vue du monde par un petit garçon est attendrissante, poétique, une prise de conscience très dure, poignante. C’est à ce moment qu’on se dit que ce garçon ne peut être comme les autres.

Un roman qui donne envie de lire Romain Gary à l’aune de cette image du père.