Publié dans Les livres qui marquent

Eldorado – Laurent Gaudé

cvt_eldorado_3176Après une expérience concluante avec La mort du roi Tsongor, je renouvelle ma lecture de cet auteur. Je suis de nouveau sous le charme.

Eldorado c’est l’histoire de Salvatore, commandant italien d’une frégate en Sicile, près de Lampedusa, chargé de repêcher les embarcations de fortune des migrants qui veulent passer la Méditerranée et s’installer en Europe pour fuir un quotidien difficile et découvrir un monde meilleur. Mais c’est aussi l’histoire de Soleiman qui quitte le Soudan pour l’Europe avec son frère. Un roman à deux voix, deux côtés du continent, deux points de vue sur l’Europe très différents.

Un roman écrit, il y a dix ans maintenant, mais si actuel. Un éclairage sur la volonté des migrants à arriver en Europe, à quitter ce qu’ils ont de plus chers pour devenir des personnes sans noms, sans histoires, une fois qu’ils ont quittés leur ville. C’est si dur, si cruel et si vrai. De l’autre côté, un commandant italien, qui obéit aux ordres, qui recueille les migrants en mer, mais qui ne peut rien pour eux, une fois accueillis sur le bateau, les migrants sont renvoyés. Et combien de morts ? Un traitement inhumain dont personne ne s’indigne.

Je trouve une fois de plus que l’écriture est très juste, des phrases puissantes, un choc à la lecture devant des images terribles, des personnages très forts. Je trouve que l’écriture est aussi très poétique, le récit est aussi plein d’espoir. Tout réside dans l’humain, la volonté des hommes contre l’ordre établi, la conviction que tout ira mieux, un jour, ailleurs…

Un livre à lire qui colle à l’actualité, sensible, criant de vérité.

 

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Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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Mathilde revient sur les lieux qui ont marqué son adolescence et sa jeune vie d’adulte émancipée, elle se souvient. Elle se souvient de Paulot, son père, centre de toutes les attentions au village, jusqu’au jour où Paulot soit atteint de tuberculose. Il est envoyé à Aincourt, puis sa mère et là c’est le drame, la famille se délite complètement.

Les assistantes sociales, la ruine, la pauvreté, la faim tout ce que Mathilde va connaître seule, elle va lutter envers et contre tous pour retrouver la sérénité familiale, elle va y croire, elle va s’user, elle, la petite fille invisible, elle va devenir le pilier de la famille.
On suit ainsi Mathilde dans sa quête du bonheur, pendant les Trente Glorieuses, il y a pourtant des oubliés, des familles qui ne verront pas la France prospérer. Mathilde est dans son village, elle tente de s’échapper de ce carcan, prise dans un étau, quitter ce village de la honte et c’est à la fois l’endroit de la maison, de l’ancre, où tout vous ramène.

C’est un très beau roman, une écriture simple et puissante à la fois. C’est aussi très poétique, j’ai beaucoup aimé le chapitre de la « fille étymologique ». Ce n’est pas forcément le plus facile mais c’est aussi beau et plein de force et d’espoir. Le sujet est difficile, on ne rit pas, les drames s’enchaînent, mais le roman est plein de tendresse. Cette jeune fille toujours debout est tellement forte, qu’on veut la suivre, qu’on y croit pour elle, qu’on se dit qu’elle va y arriver. Pas de pathos, parce que justement cette jeune fille ne joue jamais les misérabilistes, elle a sa fierté, quelle leçon de vie ! Le lecteur tranquillement plongé dans sa lecture ne connaîtra peut-être pas autant de difficultés dans sa vie, mais cette jeune fille est une force de la nature, un exemple à suivre. Se dire qu’il y a une solution à tout.

C’est émouvant aussi cet amour que Mathilde porte à son père, cet amour de la famille quitte à oublier sa vie personnelle. Pendant ce temps Mathilde ne vit pas vraiment, elle survit. On apprend aussi beaucoup sur la manière de traiter les malades de la tuberculose, la Sécurité Sociale qui fait ses débuts, la guerre d’Algérie en arrière-plan.

Un roman magnifique, fort, émouvant et tendre.

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Romain Gary s’en va-t-en guerre -Laurent Setsik

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C’est l’histoire de Romain Gary comme le titre l’indiqué mais plus particulièrement de deux jours dans la vie enfantine de l’écrivain à Wilno avec sa mère mais aussi confronté à la réalité d’un père qui se détache, qui reconstruit sa vie et qui abandonne son fils.

Voilà ce qu’on peut résumer grossièrement car en réalité tout cela est beaucoup plus fin. L’auteur écrit l’histoire de la mère et du père de Romain. Une mère qui apparaît comme excentrique, loufoque, extrêmement tendre avec son fils, une relation fusionelle. Et de l’autre côté, le père qui apparaît fuyant de ses responsabilités car pris détache ans un étau par la société,  par détache ans eux femmes qui demandent son attention, mais surtout un père aimant et fier de son fils. Entre les deux évidemment on trouve Roman, qui a du mal à se trouver entre ces deux un personnalités,  il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Une attraction terrible l’attire vers ce père,  il veut croire en lui.

Roman va tout découvrir sur ce pere, cette vérité qu’on veut cacher à un enfant lors de cette petite fugue, lorsqu’il va sécher l’école pour parcourir la ville. Et c’est là que j’ai véritablement apprécié le roman, dans ces portraits brosses par l’auteur des personnages que rencontré Roman. L’enfant va être confronter à la dure réalité de la vie, du mal des adultes, de la haine des juifs qui se développe en 1925. On trouve beaucoup de poesie, l’eau rencontré avec Macha, la jeune fille que tout le monde prend pour une folle mais qui en réalité est pleine de sagesse, qui a compris le monde, sa dureté. Il y aussi le Rabbin, sage qui tente de rassurer le petit garçon sur le sens de la vie.

Toutes ces rencontres vont forger le petit garçon et après ce court voyage initiatique, il aura tout compris et en sera à jamais transformé :  » J’ai vu ce que mes pères ont vu, je n’ai plus dix ans et demi, j’en ans quatre-vingts. » Cette vue du monde par un petit garçon est attendrissante, poétique, une prise de conscience très dure, poignante. C’est à ce moment qu’on se dit que ce garçon ne peut être comme les autres.

Un roman qui donne envie de lire Romain Gary à l’aune de cette image du père.

Publié dans Les livres qui marquent

Esprit d’hiver – Laura Kasichke

 

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Je suis une inconditionnelle de Laura Kasichke et une fois de plus, je n’ai pas été déçue du tout par ce roman.
Je connais cette tension qu’elle met dans ces romans, cette atmosphère très pesante, cette neige qui devient une véritable entité, on pourrait croire que ces procédés pourraient s’essouffler mais pas du tout.
Au fil du roman cette tension monte, on sait que quelque chose de tragique s’est passé, mais comme les éléments sont disséminés et révélés au fur et à mesure, le lecteur est piégé tout comme le personnage dans une sorte d’enfer dont il ne sortira qu’à la dernière page et autant le dire tout de suite, on en sort scotché. Pour ma part, cela m’a fait l’effet d’une bombe, on a envie que le livre se termine pour savoir enfin le terrible secret de ces personnages et on a envie aussi que cela ne se termine jamais, c’est un vrai piège ce roman.
C’est aussi vraiment bien écrit, une ambiance, des personnages avec des problématiques contemporaines, une société américaine réaliste et une ambiance feutrée. On ne se sent jamais mal, même si on peut être mal à l’aise, tout est assez doux, ce qui contraste encore plus avec la fin, comble de l’horreur. Ce qui importe aussi beaucoup, c’est la psychologie, le caractère, mais la psychologie aussi quand elle nécessite d’être soignée.
Un roman à lire quand on est fan de Laura Kasichke et à découvrir car c’est le mal incarné ce roman, plaisir et horreur à la fois.

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La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

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Un roman magnifique, je ne m’attendais pas à autant de beauté et à autant de tragique dans ce roman.
L’histoire du clan Tsongor après la mort du roi est tragique, pressentie par le roi qui met un terme à sa vie. Les enfants vont s’entre-déchirer dans une guerre dont ils ont perdu le sens, ne reste que la sauvagerie, le goût du sang et la vengeance. Tragique… Mais dans ce roman, ce qui est beau, ce sont les personnages, fiers, animés par le sens du devoir, la fierté de leur clan. La beauté vient aussi de ce pays, de ces paysages traversés par le dernier fils Souba qui a pour mission de construire le tombeau de son père.
Comme on le lit beaucoup, on a vraiment l’impression de lire une autre histoire de Troie assiégée, d’une famille maudite de la Grèce. On a le sentiment que ce roman est là pour nous instruire, d’un côté la sauvagerie et la guerre qui détruisent tout, tout ce qui est beau, ce qui a été, le bonheur de manière irrémédiable et de l’autre, c’est la guerre de Massaba. Et d’un autre côté, on a l’espoir, avec Souba, une vie retranchée, à part, qui dans sa quête trouvera un sens à sa vie, qui trouvera le moyen de sauver sa famille, qui lui restera fidèle. C’est aussi le roman de l’héritage familial dont on ne peut se soustraire. Et à la fois cela ressemble à un conte du bout du monde.
C’est magnifiquement écrit, on se laisse bercer par les mots, par ce chaud-froid permanent entre la tragédie et la beauté calme du monde. De courts chapitres qui rythment le récit. C’est un roman assez court aussi, mais cette concision dit tout à la fois, elle suggère autant que les phrases sont implacables, pleines de poésie.
Un livre marquant à lire absolument, un refuge dans un monde lointain rempli de beauté et de poésie.  

 

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Chanson douce – Leïla Slimani

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Beaucoup de critiques sur un livre primé ! Mais j’ai tellement aimé que je ne peux pas m’empêcher de faire part de mon coup de cœur, de mon choc après la lecture de ce roman.
Il commence de manière tragique et de manière très crue. C’est tout ce que j’ai aimé chez cette auteure, des phrases simples mais très fortes, un vocabulaire choisi, mais qui agissent au fur et à mesure de la lecture comme des flèches qui transpercent le lecteur.

Une lecture qui fait réfléchir sur notre rapport au monde, à la société, qui nous interroge sur nos rapports aux autres surtout quand cette relation est celle d’employés et de patrons. L’auteure revisite la relation maître-valet, topos de la littérature, mais dans notre société actuelle, et cela n’a pas disparu au XVIIIe siècle. De nouvelles problématiques apparaissent et c’est en cela aussi que le roman est percutant. On ne lit pas seulement l’histoire d’une femme ou d’une famille, mais celle de notre société où le travail est au centre de nos préoccupations, nos plaisirs personnels et égoïstes. Nous ne sommes pas très beaux à voir.

Mais c’est aussi l’histoire de cette femme qui nous frappe par sa solitude, sa souffrance, qui envie ce qu’elle ne peut atteindre, cette chance qu’elle n’a jamais eue, cette impossibilité de communiquer. Une femme pour qui on a beaucoup de pitié, un sentiment fort, on est mal à l’aise mais on est aussi bouleversé par ce qui lui arrive.

Je suis vraiment admirative de ce regard, de cette capacité à saisir les hommes et les femmes, un regard noir mais tellement réaliste. Je n’ai pas vraiment les mots pour décrire tout cela, mais j’ai été happée par la lecture, un roman qui se lit vite mais qui laisse des sensations étranges, on ne décroche pas et pourtant on ne peut pas parler de suspense mais une envie de comprendre, de savoir et un étrange malaise, on est pris de pitié pour cette femme et pourtant on sait qu’elle est monstrueuse. Ses maîtres ne le sont-ils pas tout autant à certains égards ? Beaucoup de sentiments mêlés.

Un livre choc ! A lire pour le style, pour réfléchir sur soi et notre rapport aux autres. C’est puissant.

Publié dans Les livres qui marquent

Féroces – Robert Goolrick

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Un roman autobiographique qui raconte l’histoire d’une famille américaine, mondaine, alcoolique, peu riche mais qui s’en sort, des parents qui meurent et des enfants qui les enterrent, voilà comment commence ce livre.
On attend un peu tout ce qu’on peut entendre à propos de l’histoire et l’explication du titre, mais tout vient à point à qui sait attendre, j’ai longuement attendu, mais après réflexion, c’est en fait une construction tout à fait nécessaire dans ce roman. Le narrateur rapporte les épisodes de sa vie d’enfance qui l’on marqué et on remonte les années jusqu’à arriver à cet épisode terrible, qui va expliquer tout le reste. Une vérité atroce qui n’éclatera jamais et expliquera la férocité des parents envers leur enfant. Cet événement expliquera aussi la vie difficile à construire de ce jeune homme, de cet adulte.
En fait tout ne repose pas sur cette révélation, il faut savourer cette description de la famille, ces épisodes qui semblent insignifiants, ou parfois un peu étranges à nos yeux, une famille un peu hors normes.
Mais évidemment ce regard sur cette famille où tout est secret, où l’on ne s’épanche pas sur ses sentiments est particulièrement bien écrit car l’auteur nous fait ressentir des sentiments très divers pour cette famille, compassion, pitié et parfois même sympathie. Rien n’est simple dans les rapports humains. La fin est pleine d’émotions, un passage vibrant et qui donne un sens à ce roman, à sa nécessité.
J’avais envie de le lire depuis un moment, je ne regrette pas, c’est un roman terrible, mais qui doit être lu par le plus grand nombre. Et à l’occasion je poursuivrai ma lecture de l’œuvre de l’auteur.

 

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L’enfant-rien – Nathalie Hug

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L’enfant- rien c’est avant tout un enfant qui attend son père, son père qu’il fantasme car on découvre très vite qu’il n’en a pas ou du moins qu’il ne connaît pas son identité. Il va tenter de se faire adopter, se trouver l’identité de son père, une obsession pour lui car il pense n’être rien sans père.
Mais il a une mère, bien vivante celle-ci, qui pour seule réponse a « je ne sais pas ». Une mère qui devient vite un « tas de fraises à la crème » ! Une mère avec laquelle il était déjà difficile de communiquer mais après l’accident c’est pire…
Il a bien une sœur, une tante… Mais il ira de déceptions en déceptions…
Jusqu’au jour où le lecteur apprend la vérité !
Un véritable coup de théâtre !
C’est très court, mais c’est écrit avec beaucoup de tendresse à travers le regard de l’enfant, beaucoup d’images comme le font les enfants avec leur imagination débordante. Mais c’est aussi très dur, cet enfant qui se définit comme un enfant-rien, quoi de plus triste ! C’est attendrissant et parfois cruel, cette ambivalence est magique. Ce n’est jamais pénible à lire et pourtant ce qui est dit est toujours très fort.
La fin est sublime, le lecteur est pris complètement à contre-pied, on ne s’y attend pas du tout. C’est rude ! Mais tout semble éclairé, on a envie de relire le roman avec cette nouvelle donne.
C’est court mais puissant ! Bouleversant !

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Profession du père – Sorj Chalandon

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Un livre d’une beauté rare, difficile parfois, insoutenable, révoltant. Tout cela dans l’intimité d’une famille.

Emile est un jeune garçon qui a une lourde tâche, il a pour mission de tuer Charles de Gaulle il fait partie d’une organisation secrète. Sauf que tout cela n’est qu’un délire du père. Un père dur, qui maltraite son fils, autant moralement que physiquement. Cela pose des questions, où est l’amour dans cette famille, quelle place pour la mère qui cautionne, qui laisse faire, mais qui elle-même souffre. L’enfance se passe et tout le monde se voile la face. Personne ne dit rien. C’est parfois difficile à lire, en tant que lecteur, on est mal à l’aise parfois d’être témoin de ces scènes familiales.

Mais la magie de Sorj Chalandon c’est l’écriture, c’est simple et c’est beau. On sent une force dans ce jeune Emile, il est touchant car il résiste à sa façon. le sentiment majeur c’est bien la tristesse mais on ne souffre pas à lire ces lignes, car on y voit de la beauté, dans ce calvaire on y voit des épisodes drôles, attendrissants. On pourrait penser que la lecture est insoutenable, mais pas du tout car c’est une écriture qui permet de nous tenir à distance.

Une belle lecture, qui fait réfléchir sur notre manière de cautionner, en ne disant rien, voilà ce que j’ai appris avec ce roman.

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Le quatrième mur – Sorj Chalandon

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Je suis tombée sous le charme de ce livre dès le début. Je l’ai trouvé émouvant, sensible, terrible, passionnant !
L’histoire c’est un metteur en scène qui met en scène Antigone au Liban pendant la guerre dans les années 80. Je ne connais pas bien ce pan de l’histoire, voire très mal et j’ai vraiment apprécié ce point de vue, découvrir à travers le prisme du théâtre.

Le théâtre ajoute de la force parce qu’en filigrane on a le texte d’Anouilh d’une force incroyable, une Antigone intemporelle. Et cela ajoute de la beauté, dans un monde en guerre, du sensible, de l’humain.
J’ai vraiment trouvé ce texte magnifique, à tirer les larmes, il est dur parce que réaliste et à la fois le théâtre crée un autre espace.
Sorj Chalandon a réussi à me toucher, il a percé le quatrième mur…
Sublime !!!