Archives pour la catégorie Les livres qui marquent

Les revenants – Laura Kasichke

515lsbnz1zl-_sx210_Les revenants – Laura Kasichke, Le Livre de Poche, 2013. Etant jusque-là une inconditionnelle de Laura Kasichke, je poursuis ma lecture de l’autrice. Il me reste encore quelques romans à découvrir, mais je compte lire tout ce qu’elle écrit, je suis sous le charme de sa plume et de ses histoires sombres. Ma dernière lecture remonte à Esprit d’Hiver.

Ce roman commence assez fort par un accident de voiture, deux jeunes étudiants impliqués Nicole et Craig, et un témoin Shelly. On retrouve ces personnages quelque temps après, sur le campus de l’université, malheureusement Nicole est décédée des suites de l’accident. Craig est considéré comme responsable. Cependant pour Shelly, rien ne colle, les versions des journaux ne relatent pas la vérité et l’accusent d’avoir tardé à appeler les secours. Et puis, les mystères se multiplient car le fantôme de Nicole apparaît à plusieurs reprises sur le campus et différentes personnes témoignent l’avoir vu. Une histoire à devenir fous.

Autant le dire tout de suite, c’est un roman assez long que j’ai adoré, l’autrice laisse les choses se mettre en place, elle place bien le décor, les personnages, toute une ambiance se met en place. Les personnages au-delà de leurs liens entre eux ont des problématiques personnelles, ainsi Laura Kasichke ne fait pas que raconter une histoire, comme toujours elle dépeint une société américaine en crise, celle notamment qui met à mal les couples, les étudiants qui essaient de se construire une place dans le monde. 

Autre thème récurrent : le blizzard qui vient s’ajouter à une atmosphère de plus en plus oppressante. C’est un peu comme un piège qui se referme, ou une manière de rester cloitrer chez soi, un peu comme les secrets qui se révèlent ou justement qu’on étouffe. En effet, ce qu’on retrouve ici, c’est bien les secrets, les apparences qui se dévoilent, se transforment au gré des envies ou aux dépens des personnages. Difficile d’en dire plus pour ne pas révéler toute l’intrigue. Et même si une centaine de pages avant la fin, le lecteur comprend ce qui se trame, la conclusion n’arrive qu’à la fin du roman, rien n’est joué. Rien n’est blanc ou noir, il y a du gris partout dans ce roman, c’est flou, on pense avoir les réponses et finalement elles nous échappent. La vérité n’éclate jamais au grand jour. 

C’est un livre avant tout tragique, le fantastique malgré le titre n’a que très peu de place, les mystères en revanche font le sel de ce roman. L’écriture, même s’il s’agit de traduction, est un vrai plaisir, car elle est soignée, dans le détail. On prend son temps pour dépeindre, les lieux, l’atmosphère et c’est ce qui fait que j’ai été happé par ce livre. Ce n’est pas celui de l’autrice que je préfère mais c’est une expérience de lecture que je n’oublierai pas de sitôt. 

A lire pour une lecture prenante, une description des campus américain un peu glauque, loin des paillettes et au plus près de la réalité, un roman plein de mystères. 

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Croire au merveilleux – Christophe Ono-Dit-Biot

41jd8l56pkl-_sx195_Croire au merveilleux, Christophe Ono-Dit-Biot, Gallimard, 2017
C’est un roman que j’ai commencé à voir sur les blogs et beaucoup de louanges, je n’avais pas lu Plonger mais il me tentait depuis longtemps et on peut lire les deux de manière indépendante. Je me suis laissée tenter quand je l’ai vu. 

C’est l’histoire de César qui ayant perdu sa femme, l’amour de sa vie veut mettre fin à ses jours. Il n’a plus aucune envie de vivre et son fils ne constitue même plus une raison pour lui de continuer. Par chance, une jeune voisine fait son apparition dans l’immeuble et le détourne de son projet. Nana est bien étrange, un air de déjà vu, le narrateur se remémore… 

On pourrait penser qu’il s’agit d’une simple romance mais il n’en est rien. D’ailleurs, je pensais que ça se passerait ainsi que la jeune fille détournerait l’homme de son projet, une passade salvatrice, mais en réalité, il s’agit bien de « croire au merveilleux » et je dirai que le tout s’accompagne de magie, de mystère. 

L’écriture est sublime, truffée de références à la littérature antique mais pas seulement, mais elle est aussi très forte par les images qu’elle suscite. L’auteur crée un pont entre l’antiquité perdue et rêvée et notre monde actuel, notre société post-attentat qui est complètement perdue. Derrière cette magnifique histoire d’amour entre un mari qui ne peut vivre sans sa femme, il y a une véritable réflexion sur la religion. On y voit deux aspects, et entre les deux un fossé, d’un côté, le côté merveilleux et de l’autre tout ce qu’il y a d’extrême et de dangereux. C’est donc très fort du point de vue de la réflexion mais aussi de l’émotion. 

L’histoire d’amour est en effet très belle, très intense entre le mari et la femme perdue, mais les relations entre le père et le fils sont aussi très fines, perçues de manière sensible. J’ai vraiment beaucoup aimé cette finesse, cette tendresse. C’est un livre qui parle avant tout du manque, du deuil, de l’amour mais c’est un roman plein d’espoir et de fantaisie. Fantaisie oui, car le roman nous emmène là on ne s’y attend pas et surtout il y a un côté mystique lié à la religion. J’ai donc vraiment aimé ce roman, j’en suis ressortie toute chose, émue par ces mots si justes. 

A lire pour l’histoire d’amour exceptionnelle, pour vibrer avec le personnage au gré de ses émotions. 

 

Vernon Subutex – Virginie Despentes

513ikvtptol-_sx210_Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes, Le livre de poche, 2016. On en entend beaucoup parler depuis la sortie du troisième tome, je n’avais pas eu l’envie auparavant de me plonger dans ce livre mais les critiques aidant, je me suis lancée. 

C’est l’histoire de Vernon Subutex, ancien disquaire, dont la vie bascule lorsqu’il se fait expulser de chez lui, il ne peut plus se faire aider par son ami chanteur rock, décédé. Ce dernier lui a confié des enregistrements. Que contiennent-ils ? Pourquoi tant de monde s’intéresse-t-il à ce qu’a pu dire Alex Bleach ?

Ces questions se posent mais Virginie Despentes n’y répond pas dans ce tome, finalement peu importe ces enregistrements, d’ailleurs c’est le cadet des soucis de Vernon. On suit plutôt ce personnage dans ses galères, ses aventures amoureuses, ses rencontres avec des personnes qui vont l’aider, lui nuire. Tous ces personnages forment un portrait de la société française. On passe du trader au SDF, du jeune extrémiste à la jeune fille voilée, de la mère de famille à une femme trans… Bref, on passe d’un portrait, d’une histoire à une autre et le lecteur va de surprise en surprise. On pourrait trouver ces personnages saugrenus mais ils sont attachants et tellement justes. 

Donc on le voit bien ce n’est pas l’intrigue qui nous tient, même si elle constitue le fil du roman, mais ce sont ces personnages et celui surtout de Vernon, on peut se demander comment cet homme tombe si bas, on a le sentiment qu’il manque de peu chaque chose qu’il entreprend, il ne réussit rien mais il semble à peu de chose de le faire. Il semble petit à petit dénué de toute volonté. De ce fait, je l’ai trouvé à la fois attachant et tout autant agaçant. L’autre point fort du roman c’est le style de Virginie Despentes, c’est une écriture très fluide mais les mots sont percutants, crus parfois, toujours justes et elle n’hésite pas à aller au bout des idées des personnages, quitte à en être dérangeante pour le lecteur. Pas de faux-semblant, pas de concession pour notre société. Je trouve ce roman très puissant et engagé, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un tel roman. 

A lire pour savourer des personnages étranges, extrêmes et tellement réels, pour avoir un œil critique sur notre société et pour découvrir ce qui va arriver à Vernon Subutex et à ces enregistrements… 

Continuer – Laurent Mauvignier

Continuer par Mauvignier

Continuer de Laurent Mauvignier aux Editions de Minuit (2016) est un roman que l’on m’a conseillé, quand il a croisé ma route, je l’ai emprunté, lu et autant le dire tout de suite je l’ai trouvé fantastique et bouleversant. 

L’histoire c’est celle de Sybille, une mère de famille, divorcée, dont le fils semble très éloigné de la vie réelle, dans son monde et qui tourne franchement mal. Pleine de courage, elle revend la maison qui lui est chère et part avec son fils effectuer la traversée du Kirghizistan à cheval. Elle espère que ce voyage et cette manière de vivre lui ouvrira les yeux, le transformera et lui permettra d’appréhender pleinement la vie.

L’intérêt de ce roman c’est autant la façon dont va se dérouler le voyage et comment le fils va pouvoir en tirer profit et s’il parviendra à en tirer profit. De ce point de vue, l’intrigue est assez captivante et le lecteur dans l’attente d’un dénouement heureux, mais l’auteur sème ce parcours d’embûches qui laisse le lecteur dans le doute jusqu’à la fin du roman. L’autre clé du roman c’est le retour dans le passé, qu’a fait le fils pour que sa mère prenne une décision aussi extrême ? Qui est cette femme-courage qui choisit de traverser un pays inconnu ? Quel est son passé ? Elle aussi est aussi traumatisée par la vie que son fils, petit à petit on reconstruit le fil de sa vie et on comprend mieux ce qui est en jeu pendant ce voyage. 

L’écriture est magnifique, on passe des pensées de l’un à l’autre des personnages, mais ce n’est pas qu’un échange de point de vue classique, l’un et l’autre dialogue aussi par le regard, ce qu’il imagine de l’autre. De ce fait, le roman est plein de non-dits entre la mère et le fils, cela accentue encore la tension dans le roman. C’est vraiment magnifique, l’auteur nous plonge dans une incertitude complète sur le dénouement, chaque épisode aussi est plein de tension et fait frémir le lecteur. Le lecteur n’est jamais tranquille, ce n’est pas une promenade à cheval mais une véritable aventure, les péripéties ne sont pas seulement des embûches mais chaque personnage fait preuve de résistance l’un envers l’autre et c’est ce parcours qui doit relier la mère et le fils qui est fabuleux et magnifique. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, rempli d’émotion. A noter aussi que les paysages semblent fabuleux, une manière de voyager dans un pays qui m’est complètement inconnu. L’auteur donne vraiment à voir ces grands espaces, ce peuple de nomades, et aborde par ailleurs des problématiques sociales plus graves qui sont évoquées dans le roman notamment le racisme et encore bien plus la peur de l’autre, l’étranger. 

A lire pour voyager très loin, pour partager ces moments d’intimité entre une mère et son fils dont le mot d’ordre est Continuer. Rien que le titre est déjà fort.

Eldorado – Laurent Gaudé

cvt_eldorado_3176Après une expérience concluante avec La mort du roi Tsongor, je renouvelle ma lecture de cet auteur. Je suis de nouveau sous le charme.

Eldorado c’est l’histoire de Salvatore, commandant italien d’une frégate en Sicile, près de Lampedusa, chargé de repêcher les embarcations de fortune des migrants qui veulent passer la Méditerranée et s’installer en Europe pour fuir un quotidien difficile et découvrir un monde meilleur. Mais c’est aussi l’histoire de Soleiman qui quitte le Soudan pour l’Europe avec son frère. Un roman à deux voix, deux côtés du continent, deux points de vue sur l’Europe très différents.

Un roman écrit, il y a dix ans maintenant, mais si actuel. Un éclairage sur la volonté des migrants à arriver en Europe, à quitter ce qu’ils ont de plus chers pour devenir des personnes sans noms, sans histoires, une fois qu’ils ont quittés leur ville. C’est si dur, si cruel et si vrai. De l’autre côté, un commandant italien, qui obéit aux ordres, qui recueille les migrants en mer, mais qui ne peut rien pour eux, une fois accueillis sur le bateau, les migrants sont renvoyés. Et combien de morts ? Un traitement inhumain dont personne ne s’indigne.

Je trouve une fois de plus que l’écriture est très juste, des phrases puissantes, un choc à la lecture devant des images terribles, des personnages très forts. Je trouve que l’écriture est aussi très poétique, le récit est aussi plein d’espoir. Tout réside dans l’humain, la volonté des hommes contre l’ordre établi, la conviction que tout ira mieux, un jour, ailleurs…

Un livre à lire qui colle à l’actualité, sensible, criant de vérité.

 

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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Mathilde revient sur les lieux qui ont marqué son adolescence et sa jeune vie d’adulte émancipée, elle se souvient. Elle se souvient de Paulot, son père, centre de toutes les attentions au village, jusqu’au jour où Paulot soit atteint de tuberculose. Il est envoyé à Aincourt, puis sa mère et là c’est le drame, la famille se délite complètement.

Les assistantes sociales, la ruine, la pauvreté, la faim tout ce que Mathilde va connaître seule, elle va lutter envers et contre tous pour retrouver la sérénité familiale, elle va y croire, elle va s’user, elle, la petite fille invisible, elle va devenir le pilier de la famille.
On suit ainsi Mathilde dans sa quête du bonheur, pendant les Trente Glorieuses, il y a pourtant des oubliés, des familles qui ne verront pas la France prospérer. Mathilde est dans son village, elle tente de s’échapper de ce carcan, prise dans un étau, quitter ce village de la honte et c’est à la fois l’endroit de la maison, de l’ancre, où tout vous ramène.

C’est un très beau roman, une écriture simple et puissante à la fois. C’est aussi très poétique, j’ai beaucoup aimé le chapitre de la « fille étymologique ». Ce n’est pas forcément le plus facile mais c’est aussi beau et plein de force et d’espoir. Le sujet est difficile, on ne rit pas, les drames s’enchaînent, mais le roman est plein de tendresse. Cette jeune fille toujours debout est tellement forte, qu’on veut la suivre, qu’on y croit pour elle, qu’on se dit qu’elle va y arriver. Pas de pathos, parce que justement cette jeune fille ne joue jamais les misérabilistes, elle a sa fierté, quelle leçon de vie ! Le lecteur tranquillement plongé dans sa lecture ne connaîtra peut-être pas autant de difficultés dans sa vie, mais cette jeune fille est une force de la nature, un exemple à suivre. Se dire qu’il y a une solution à tout.

C’est émouvant aussi cet amour que Mathilde porte à son père, cet amour de la famille quitte à oublier sa vie personnelle. Pendant ce temps Mathilde ne vit pas vraiment, elle survit. On apprend aussi beaucoup sur la manière de traiter les malades de la tuberculose, la Sécurité Sociale qui fait ses débuts, la guerre d’Algérie en arrière-plan.

Un roman magnifique, fort, émouvant et tendre.

Romain Gary s’en va-t-en guerre -Laurent Setsik

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C’est l’histoire de Romain Gary comme le titre l’indiqué mais plus particulièrement de deux jours dans la vie enfantine de l’écrivain à Wilno avec sa mère mais aussi confronté à la réalité d’un père qui se détache, qui reconstruit sa vie et qui abandonne son fils.

Voilà ce qu’on peut résumer grossièrement car en réalité tout cela est beaucoup plus fin. L’auteur écrit l’histoire de la mère et du père de Romain. Une mère qui apparaît comme excentrique, loufoque, extrêmement tendre avec son fils, une relation fusionelle. Et de l’autre côté, le père qui apparaît fuyant de ses responsabilités car pris détache ans un étau par la société,  par détache ans eux femmes qui demandent son attention, mais surtout un père aimant et fier de son fils. Entre les deux évidemment on trouve Roman, qui a du mal à se trouver entre ces deux un personnalités,  il ne veut blesser ni l’un ni l’autre. Une attraction terrible l’attire vers ce père,  il veut croire en lui.

Roman va tout découvrir sur ce pere, cette vérité qu’on veut cacher à un enfant lors de cette petite fugue, lorsqu’il va sécher l’école pour parcourir la ville. Et c’est là que j’ai véritablement apprécié le roman, dans ces portraits brosses par l’auteur des personnages que rencontré Roman. L’enfant va être confronter à la dure réalité de la vie, du mal des adultes, de la haine des juifs qui se développe en 1925. On trouve beaucoup de poesie, l’eau rencontré avec Macha, la jeune fille que tout le monde prend pour une folle mais qui en réalité est pleine de sagesse, qui a compris le monde, sa dureté. Il y aussi le Rabbin, sage qui tente de rassurer le petit garçon sur le sens de la vie.

Toutes ces rencontres vont forger le petit garçon et après ce court voyage initiatique, il aura tout compris et en sera à jamais transformé :  » J’ai vu ce que mes pères ont vu, je n’ai plus dix ans et demi, j’en ans quatre-vingts. » Cette vue du monde par un petit garçon est attendrissante, poétique, une prise de conscience très dure, poignante. C’est à ce moment qu’on se dit que ce garçon ne peut être comme les autres.

Un roman qui donne envie de lire Romain Gary à l’aune de cette image du père.

Esprit d’hiver – Laura Kasichke

 

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Je suis une inconditionnelle de Laura Kasichke et une fois de plus, je n’ai pas été déçue du tout par ce roman.
Je connais cette tension qu’elle met dans ces romans, cette atmosphère très pesante, cette neige qui devient une véritable entité, on pourrait croire que ces procédés pourraient s’essouffler mais pas du tout.
Au fil du roman cette tension monte, on sait que quelque chose de tragique s’est passé, mais comme les éléments sont disséminés et révélés au fur et à mesure, le lecteur est piégé tout comme le personnage dans une sorte d’enfer dont il ne sortira qu’à la dernière page et autant le dire tout de suite, on en sort scotché. Pour ma part, cela m’a fait l’effet d’une bombe, on a envie que le livre se termine pour savoir enfin le terrible secret de ces personnages et on a envie aussi que cela ne se termine jamais, c’est un vrai piège ce roman.
C’est aussi vraiment bien écrit, une ambiance, des personnages avec des problématiques contemporaines, une société américaine réaliste et une ambiance feutrée. On ne se sent jamais mal, même si on peut être mal à l’aise, tout est assez doux, ce qui contraste encore plus avec la fin, comble de l’horreur. Ce qui importe aussi beaucoup, c’est la psychologie, le caractère, mais la psychologie aussi quand elle nécessite d’être soignée.
Un roman à lire quand on est fan de Laura Kasichke et à découvrir car c’est le mal incarné ce roman, plaisir et horreur à la fois.

La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

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Un roman magnifique, je ne m’attendais pas à autant de beauté et à autant de tragique dans ce roman.
L’histoire du clan Tsongor après la mort du roi est tragique, pressentie par le roi qui met un terme à sa vie. Les enfants vont s’entre-déchirer dans une guerre dont ils ont perdu le sens, ne reste que la sauvagerie, le goût du sang et la vengeance. Tragique… Mais dans ce roman, ce qui est beau, ce sont les personnages, fiers, animés par le sens du devoir, la fierté de leur clan. La beauté vient aussi de ce pays, de ces paysages traversés par le dernier fils Souba qui a pour mission de construire le tombeau de son père.
Comme on le lit beaucoup, on a vraiment l’impression de lire une autre histoire de Troie assiégée, d’une famille maudite de la Grèce. On a le sentiment que ce roman est là pour nous instruire, d’un côté la sauvagerie et la guerre qui détruisent tout, tout ce qui est beau, ce qui a été, le bonheur de manière irrémédiable et de l’autre, c’est la guerre de Massaba. Et d’un autre côté, on a l’espoir, avec Souba, une vie retranchée, à part, qui dans sa quête trouvera un sens à sa vie, qui trouvera le moyen de sauver sa famille, qui lui restera fidèle. C’est aussi le roman de l’héritage familial dont on ne peut se soustraire. Et à la fois cela ressemble à un conte du bout du monde.
C’est magnifiquement écrit, on se laisse bercer par les mots, par ce chaud-froid permanent entre la tragédie et la beauté calme du monde. De courts chapitres qui rythment le récit. C’est un roman assez court aussi, mais cette concision dit tout à la fois, elle suggère autant que les phrases sont implacables, pleines de poésie.
Un livre marquant à lire absolument, un refuge dans un monde lointain rempli de beauté et de poésie.  

 

Chanson douce – Leïla Slimani

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Beaucoup de critiques sur un livre primé ! Mais j’ai tellement aimé que je ne peux pas m’empêcher de faire part de mon coup de cœur, de mon choc après la lecture de ce roman.
Il commence de manière tragique et de manière très crue. C’est tout ce que j’ai aimé chez cette auteure, des phrases simples mais très fortes, un vocabulaire choisi, mais qui agissent au fur et à mesure de la lecture comme des flèches qui transpercent le lecteur.

Une lecture qui fait réfléchir sur notre rapport au monde, à la société, qui nous interroge sur nos rapports aux autres surtout quand cette relation est celle d’employés et de patrons. L’auteure revisite la relation maître-valet, topos de la littérature, mais dans notre société actuelle, et cela n’a pas disparu au XVIIIe siècle. De nouvelles problématiques apparaissent et c’est en cela aussi que le roman est percutant. On ne lit pas seulement l’histoire d’une femme ou d’une famille, mais celle de notre société où le travail est au centre de nos préoccupations, nos plaisirs personnels et égoïstes. Nous ne sommes pas très beaux à voir.

Mais c’est aussi l’histoire de cette femme qui nous frappe par sa solitude, sa souffrance, qui envie ce qu’elle ne peut atteindre, cette chance qu’elle n’a jamais eue, cette impossibilité de communiquer. Une femme pour qui on a beaucoup de pitié, un sentiment fort, on est mal à l’aise mais on est aussi bouleversé par ce qui lui arrive.

Je suis vraiment admirative de ce regard, de cette capacité à saisir les hommes et les femmes, un regard noir mais tellement réaliste. Je n’ai pas vraiment les mots pour décrire tout cela, mais j’ai été happée par la lecture, un roman qui se lit vite mais qui laisse des sensations étranges, on ne décroche pas et pourtant on ne peut pas parler de suspense mais une envie de comprendre, de savoir et un étrange malaise, on est pris de pitié pour cette femme et pourtant on sait qu’elle est monstrueuse. Ses maîtres ne le sont-ils pas tout autant à certains égards ? Beaucoup de sentiments mêlés.

Un livre choc ! A lire pour le style, pour réfléchir sur soi et notre rapport aux autres. C’est puissant.