Petit pays – Gaël Faye

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Petit Pays de Gaël Faye, éditions Grasset, 2016
C’est un roman dont j’ai beaucoup entendu parler dans les médias, mais aussi et surtout par bouche à oreille, et à chaque fois, j’ai eu un retour positif. Je me suis enfin laissée tenter.

L’histoire est celle réelle de l’auteur, vivant au Burundi, en plein conflit guerrier et surtout au moment où le Rwanda pays voisin est en proie à une guerre intestine qui aboutira au génocide de 1994 des Hutu sur les Tutsi. Le narrateur est lui-même fils d’une rwandaise exilée de son pays, quelques membres de sa famille proche sont restés au Rwanda. 

Un récit très universel, outre l’histoire personnelle de l’auteur, on y voit aussi la vie d’un enfant en temps de guerre et ce récit malheureusement pourrait être celui d’enfants vivant dans les nombreux pays du monde en conflit. On y ressent les inquiétudes de l’enfance face aux nouvelles terribles qu’il apprend mais que souvent il ne comprend pas. En effet, en tant qu’adultes, on arrive à analyser les causes, les événements et on pressent bien tout ce qui annonce la catastrophe à venir. Mais l’enfant dans ce récit est le jeune garçon naïf qui ne comprendra que plus tard certaines tensions entre des personnages, des comportements qu’il analysera avec le recul qu’il aura une fois adulte. 

C’est aussi un récit très instructif, qui livre un témoignage méconnu sur le Burundi, on entend parler du Rwanda, mais peu finalement du Burundi et les conflits de cette époque. Le récit ne vise pas à tout dire, à analyser les causes du conflit, mais on apprend tout de même certaines choses, les faits nous sont relatés tels qu’ils se produisent, on en voit les conséquences surtout. On a quelques bribes de connaissances sur les raisons, sur les responsabilités du génocide, notamment le conflit précédent et les traces d’un premier génocide sous lequel couve le second, la responsabilité de la France, la non-intervention de la communauté internationale. Tout cela donne à réfléchir sur le sujet. Et rien de tel qu’un récit autobiographique. 

Mais malgré tout ce que j’ai pu en dire, ce n’est pas un récit géopolitique, c’est un récit dur, du fait de la guerre, des massacres, mais c’est terriblement beau. Les personnages dépeints, comme la mère, forte, indépendante et qui malmenée par la vie, anéantie sont vus à travers le regard de l’enfant, celui de l’amour mais aussi au travers ce regard cruel, sans concession. Gabriel, cet enfant, tiraillé par ses amis, ses parents essaie de mener une vie normale, et elle ne le sera jamais du fait des conflits, mais souvent la vie reprend ses droits, on essaie de faire la fête, lui-même a des préoccupations attendrissantes d’enfant : savoir qui est son meilleur ami, l’impressionner, avoir une amoureuse. C’est vraiment ce qui fait la force de ce roman, cette fragilité de l’enfance et cette dureté de la guerre. L’enfant, tout petit, inoffensif, face à la guerre, face au monde cruel des adultes, à la mort terrible, qui frappe injustement, en masse. 

Que d’émotions à la lecture de ce roman, c’est un récit simple, c’est-à-dire pas de pathos, rien de larmoyant, rein que la vie telle qu’elle est vécue par cet enfant. Et c’est vraiment beau.

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Mon traître – Sorj Chalandon

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Mon traître de Sorj Chalandon, éditeur : Grasset, 2008
Pourquoi ce livre ? J’ai découvert Sorj Chalandon avec Une promesse, puis le Quatrième Mur et Profession du père. J’adore son écriture, les histoires poignantes racontées et je l’ai rencontré en librairie, j’ai beaucoup aimé, je trouve que c’est un bon raconteur d’histoires. Je compte tout lire, ou presque. Avant de lire son dernier livre, Le jour d’avant, je lis d’autres romans plus anciens. 

Mon traître, une histoire jouée d’avance ? Pas de grande surprise, le traître est nommé comme tel dès le début. Sur ses motivations, autant le dire tout de suite, on ne nous le révèlera pas, le lecteur aura quelques pistes. Mais on va surtout suivre l’histoire du narrateur, un luthier, qui tombe amoureux de l’Irlande, qui admire son combat. Et le luthier, français, va évidemment nouer des amitiés fortes avec les gens du pays, notamment Jim et Tyrone, le traître. C’est donc l’histoire d’une amitié trahie, des idéaux à défendre mais derrière la réalité : la guerre, des héros qui ne sont que des hommes.

Un roman fort et qui permet de comprendre que au-delà du conflit irlandais, on tient quelque chose de plus général. Il s’agit bien d’une histoire particulière, que l’auteur a lui-même vécu en tant que journaliste à l’époque, mais il s’agit aussi d’une histoire d’amitié et de trahison. Et toutes les questions qui peuvent en découler, être trahi, cela veut-il dire que l’on n’a jamais été ami ? On voit comment tous les repères que le narrateur avait s’effondre. Il a besoin de savoir. 

Le narrateur est un personnage touchant et agaçant à la fois, touchant car il se prend d’amour pour ce pays, il est très proche de ses amis, il s’investit pleinement, à sa mesure, dans sa participation au conflit. Mais il est aussi très naïf, très entier, il se prend presque pour un guerrier lui aussi, il éprouve la peur, le sentiment presque grisant du danger. Il vit ce sentiment étrange d’être intégré à cette bande et d’être toujours à part, l’étranger. Mais dans le même temps, on ne lui trouve que très peu de mérite, il vient en Irlande, mais il ne sait que très peu de choses de ses amis, de ce qu’ils font, courageux certes mais à sa mesure, car il ne craint jamais grand-chose. C’est vraiment ce sentiment que j’ai eu avec ce personnage, un grand enfant, un peu naïf. 

Mon avis sur le roman : j’ai adoré. J’aime toujours la plume de l’auteur, quelques phrases choc, très belles, j’en ai noté une (page 105) :
« Et que ces hommes qui dormaient dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. »
Pas de suspense dans le roman, mais une envie partagée avec le narrateur de connaître les raisons de cette trahison, de vouloir comprendre. Quelle place avait-il dans tout ça ? Un combat mené avec passion et finalement tout ça pour rien ? Beaucoup de questions, peu de réponses concrètes mais un cheminement à travers les pensées du narrateur.

A lire pour découvrir le combat de l’Irlande de l’intérieur, une guerre dans toute sa complexité, des idéaux mais une guerre tout de même, un message qu’il ne faut pas oublier.

Le ranch des trois collines – Leila Meacham

51z7dhlz0ul-_sx195_Le Ranch des trois collines de Leila Meacham, éditions Charleston, 2017, livre pris au hasard à la bibliothèque, mis en avant par les bibliothécaires. 

Une histoire qui commence de manière assez forte sur la naissance de deux enfants, un frère et une sœur, mais la mère ne veut qu’un enfant, le père doit abandonner l’un des deux. On se retrouve directement vingt ans plus tard dans la vie des deux enfants. C’est l’histoire de deux jeunes adultes qui vont découvrir le secret de leur naissance, qui vont entrer dans leur nouvelle vie d’adulte de manière fracassante, en plus des doutes que l’on peut avoir quand on veut travailler, quand on est amoureux, ils ont des doutes sur leurs origines et partent à la quête de leur identité. 

C’est une bonne saga familiale, on se laisse prendre facilement au jeu, on s’attache aux personnages, on en déteste d’autres, bref c’est une lecture assez facile détente. Pas trop de réflexions, tout est amené de manière à ce que le lecteur est vraiment en empathie avec les personnages. Parfois des rebondissements un peu faciles laissent un peu perplexes, mais bon, il ne faut pas trop se poser de questions et se laisser bercer. Je dirai presque c’est un roman un peu feel-good, tout est bien qui finit bien. On ressort de cette lecture optimiste, et pour une fois, ça fait du bien. 

Je pense que c’est la lecture à faire pour changer un peu, après une lecture un peu trop lourde ou intense. C’est un roman plein de bons sentiments, pourtant on ne sombre pas dans le pathos et pas trop dans le niais non plus. Un peu de secrets, de gros secrets de famille, des egos blessés, des ambitions à concrétiser, des rêves à réaliser, des trahisons et vous avez la recette d’un bon roman qui vous emporte, loin dans le temps : au début du XXe siècle, loin aussi géographiquement, on se trouve près de Dallas, on découvre les ranchs texans et la grande épopée du pétrole qui commence. Une lecture très plaisante en définitive, pas de prise de tête, une bonne saga pour s’aérer. 

 

Le bureau des jardins et des étangs – Didier Decoin

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Le Bureau des Jardins et des Etangs – Didier Decoin, Stock, 2016
Un roman qui m’a beaucoup intrigué par son titre très poétique, j’aime beaucoup le genre, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer et pour l’emprunter.

Le roman raconte l’histoire de Miyuki, jeune femme vivant au Japon au XIIe siècle, dans une province reculée, loin de la demeure de l’empereur. C’est pourtant là que le mari de Miyuki, Katsuro apportait les carpes qu’il pêchait pour les acclimater dans les étangs sacrés de l’empereur. Mais Katsuro est mort, noyé dans la rivière, les carpes attendent d’être livrées. Miyuki courageuse et voyant par là une occasion de faire revivre son mari une dernière fois en expérimentant le trajet qu’il faisait chaque fois. Cette femme seule va livrer les carpes, au péril de sa vie, de son honneur, prête à tous les sacrifices pour atteindre son but.

C’est une histoire vraiment intéressante, le lecteur est tendu vers l’objectif de Miyuki, partageant ses pensées, ses décisions pour arriver au terme de sa quête, on est aussi dans les pensées d’une paysanne, qui ne comprend pas tout ce qu’elle découvre hors de son village, une société dominée par les hommes où cette femme va tenter de se frayer un chemin. Cela ne va pas être évident, elle va être souvent méprisée, mais sa force de caractère va la pousser à aller au bout d’elle même. 

On se prend vraiment d’affection pour cette femme, elle est comme un modèle de persévérance, elle n’est pas plus forte que les autres mais elle a été la femme d’un homme qu’elle a profondément aimé, mystérieux, mais qui lui a donné cette force. C’est assez beau comme histoire, elle rend un dernier hommage à son mari. De plus, j’ai trouvé que le roman est bien documenté, on se croirait vraiment à cette époque, c’est très vivant. Et dans le même temps, le but de cette quête, l’existence même de ce bureau des Jardins et des Etangs, le concours de parfum qui aura lieu par la suite, tout cela donne beaucoup de poésie à ce roman. 

L’écriture est très réaliste, rend vivant ce récit, en revanche, il peut peut-être choqué les âmes sensibles, car le sexe est aussi très présent, ce serait-ce que par la présence des courtisanes, mais pas seulement Miyuki va décrire ses expériences sexuelles avec son mari. Tout cela est très détaillé, je n’ai pas trouvé cela choquant, le vocabulaire est cru, souvent même, mais en même temps rien qui ne soit très extraordinaire non plus, rien de malsain. En fait dans le roman, tout est sensuel, tout ne passe pas par la vue, sens qu’on développe le plus en général dans un roman, mais ici, les odeurs, le toucher sont tout aussi importants, le goût également. J’ai l’impression que ce roman est une expérience des sens, une vraie sensualité se dégage et de ce fait le sexe renforce ce thème, cette impression. 

J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire, cette femme, cette traversée dans le Japon du Moyen-Age. Une lecture qui change. A lire pour s’ouvrir de nouveaux horizons. 

 

Ma cousine Rachel – Daphné Du Maurier

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Ma cousine Rachel – Daphné Du Maurier – Livre du poche – 2002
Je connaissais Daphné du Maurier avec Rebecca, j’avais beaucoup aimé cette ambiance et surtout j’en garde un souvenir très fort. Un livre qu’on voit beaucoup en ce moment grâce à la sortie du film cette année. 

Ma cousine Rachel, c’est l’histoire d’une femme  qui va bouleverser la vie d’une famille et plutôt particulièrement deux hommes, le premier avec lequel elle se marie en Italie. Et le deuxième homme n’est autre que le protégé du premier, son neveu, qui est resté administrer le domaine en Angleterre. Mais Ambroise, l’oncle meurt en Italie, et la jeune veuve Rachel arrive en Angleterre. Quelles sont ses intentions ? Une chose est sure c’est que Philipp, le jeune neveu ne l’aime pas. L’accueil est glacial, mais Rachel est une femme qui ne semble laisser personne indifférent.

Ce livre est rempli de tensions, on ne peut le lire sans être sous pression constante, d’une part parce que l’arrivée d’une femme dans la maison tenue par deux hommes, qu’aucune femme ne tient depuis bien longtemps, va bouleverser le quotidien de Philipp, surtout qu’elle arrive dans un contexte difficile ; la mort d’Ambroise. Le personnage principal, dont on suit les pensées, va avoir beaucoup de difficultés à surmonter cette épreuve, et à apprivoiser ses sentiments, de la haine à l’amour, le jeune homme est en proie à de nombreux doutes. Rachel est un personnage très équivoque, elle est une sorte d’enchanteresse, elle séduit tout le monde, malgré ses nombreux défauts, on ne sait pas trop quel parti prendre entre la naïveté de Philipp, le côté dépensier de Rachel, mais lequel est le plus machiavélique des deux ? 

C’est toute la magie du roman, rien n’est tout blanc ni tout noir, rien n’est acquis pour le lecteur, tout est mis en doute :  la parole d’Ambroise, les accusations envers Rachel, la méfiance du parrain de Philipp, on n’arrive jamais à avoir une réponse claire et précise et cela le narrateur le précise dès le début du roman. Ce qui participe aussi au mystère de ce livre c’est l’ambiance, le cadre : les Cornouailles, la campagne anglaise, la pluie, une sorte de huis-clos qui renforce la sensation d’enfermement. On sait dès les premières pages qu’un drame va arriver, il s’agit de voir comment tout se met en place, comment les liens entre les personnages se tissent, que les éléments se mettent en place, qu’enfin tout arrive au dénouement. 

Je n’ai pas lâché ce roman, je l’ai dévoré littéralement. J’étais moi-même dans un trouble permanent, j’avais envie de connaître la fin du roman, et dans le même temps, j’étais agacée par certaines réactions des personnages, une envie de les secouer, envie aussi que tout aille plus vite. Car il faut le signaler le roman est assez lent, mais justement c’est cette tension entre la lenteur et la volonté de finir ce livre qui crée ce double sentiment. 

Je vous le conseille fortement et puis je vais continuer à découvrir Daphné Du Maurier.

 

 

 

Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain

cvt_ils-vont-tuer-robert-kennedy_603Ils vont tuer Robert Kennedy – Marc Dugain, Gallimard, 2017
J’ai déjà lu plusieurs livres de l’auteur L’insomnie des étoiles, Avenue des géants et le tome 1, L’emprise, c’est donc un auteur que j’affectionne. Le sujet me tentait beaucoup, j’aime beaucoup les romans historiques.

L’histoire est celle d’un homme, universitaire, qui travaille sur l’assassinat de Robert Kennedy, qu’il pense lier à la mort de ses deux parents. La narration oscille entre les deux histoires, la grande histoire et celle fictive de cet homme. 

C’est vraiment intéressant de revenir sur cette période de l’histoire, l’assassinat du premier Kennedy alors qu’il est président et celui de son frère Robert en pleine campagne électorale, moins médiatisée, dont je ne connaissais pas vraiment l’histoire. Le roman est très intéressant car il présente les théories de l’assassinat celle d’un complot, voire d’un coup d’état pour John. Et quand on s’intéresse à Robert, c’est encore plus intéressant de comprendre toute la société américaine de l’époque, les enjeux d’une campagne, des intérêts de tel ou tel homme politique. Tout y passe, Cuba, Vietnam, c’est une période de tension extrême.

Le roman dans la grande Histoire est plus anecdotique je trouve, un peu décevante car moins tape à l’œil, je m’attendais à quelque chose d’énorme. Finalement l’auteur reste, tout à fait sobre et donne un récit crédible, qui permet de ne pas sombrer dans une sombre histoire de complot, thème qui domine tout le roman. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui explore cette période de l’histoire, qui livre des éléments de compréhension sur la société américaine de l’époque et éclaire aussi notre période à nous. Un livre d’actualité à bien des égards. 

 

 

Le nouveau nom – L’amie prodigieuse II – Elena Ferrante

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Le nouveau nom – L’amie prodigieuse II, Elena Ferrante, Folio, 2016
Deuxième tome de cette saga à succès. Je me suis laissée embarquer avec facilité dans le premier tome de l’enfance, je continue donc mon immersion dans le Naples des années 60.

Ce tome est centrée sur les vacances de Lila et Elena à Ischia, c’est vraiment le cœur du roman et où une histoire d’amour va naître malgré les interdits. L’une et l’autre sont toujours déçues de leur situation et tentent de trouver la voie du bonheur. Lila a fait son choix, déjà dans le précédent tome, et commence à se rendre compte de ses erreurs et tente de sortir de sa condition. Elena c’est la battante qui malgré les déceptions amoureuses, les déconvenues poursuit son chemin et construit sa vie. L’amitié entre les deux personnages est complexe et toujours teintée de jalousie, elles s’envient sans comprendre les malheurs de l’autre. On pourrait penser que c’est épuisant, mais ces deux-là sont attachantes.

Plus la lecture du tome avance, plus je suis happée par cette lecture, le roman commence lentement, il faut presque 200 pages pour arriver à ce qui va vraiment bouleverser les deux personnages, le tout se met en place tranquillement et ensuite, on veut connaître comment tout cela va se finir. C’est assez intenable, car comme dans le premier tome, les personnages font face à une sorte de prédestination, liée à leur condition sociale, à leur quartier, à l’argent et aux conventions sociales. Personne ne semble pouvoir échapper à don destin et tout semble écrit à l’avance pour chacun. Les choix des personnages leur sont comme imposés à eux et d’un autre côté ils ont aussi une volonté incroyable, il s’agit évidemment des deux héroïnes, de manière très différente certes, mais elles sont pugnaces. 

Leur relation est tout aussi étrange dans ce tome II, elles s’adorent et s’admirent comme elles peuvent être insupportables et méchantes l’une envers l’autre, c’est assez incroyable cette relation d’amitié, pleine de rivalités, un peu comme des sœurs et malgré tout un amour et une profonde admiration l’une pour l’autre sans jamais se l’avouer. Le destin des deux jeunes femmes va profondément changer après cet été qu’elles vont vivre ensemble à Ischia. Et je n’ai pas vu arriver la fin, car j’étais dans ma lecture pleine de questions, il me restait encore tant de choses à savoir. Et puis le roman se termine sur un petit rebondissement qui vous invite à lire le tome suivant. 

J’ai vraiment adoré ce roman, je l’ai trouvé à la hauteur du premier tome, on partage la vie de ces deux femmes et c’est assez palpitant et prenant d’assister à la manière dont elles se construisent. 

L’armoire des robes oubliées – Riikka Pulkkinen

619dygfpudl-_sx210_Riikka Pulkkinen – L’armoire des robes oubliées – Albin Michel – 2012
Ce roman est sorti depuis quelques années, à l’époque il me tentait beaucoup et je l’ai trouvé d’occasion, je n’ai alors pas hésité à le prendre. 

Le roman s’ouvre sur la maladie de la grand-mère Elsa qui est en stade terminal, sa fille et petite-fille vont profiter des derniers moments de vie de cette femme. Mais un secret tu pendant des années va ressortir par hasard : Anna va ressortir une vieille robe appartenant à une femme Eeva. Une femme dont Anna n’a jamais entendu parler. Au gré des pages on va voir comment la jeune fille va essayer de percer ce mystère dont personne ne parle et en parallèle on va suivre la véritable d’histoire d’Eeva et cette famille. 

Mon avis sur ce roman est assez mitigé, j’aime beaucoup les histoires de ce genre, les secrets de famille enfouis qui ressurgissent malgré eux, une histoire d’amour, le thème n’est pas nouveau et pourtant en général cela fonctionne bien. Ici ce que j’ai bien aimé, c’est que l’on est vraiment avec les personnages, leur psychologie, leurs pensées. En revanche, je n’ai pas trouvé que le dénouement soit exceptionnel. De ce point de vue, le roman est très réaliste, pas de grand rebondissement, l’histoire est somme toute banale. 

En fait, dans ce roman, il m’a manqué quelque chose que je ne saurai définir. L’histoire se tient, elle est bien ancrée dans le réel, c’est une histoire comme  il a dû en exister beaucoup, les personnages sont intéressants. Je dirai qu’il manque de flamboyance… On pressent toujours qu’il va se passer quelque chose de terrible, d’incroyable, certes ce n’est pas non plus une histoire tranquille mais la fin est assez plate. La fille d’Elsa semble très choquée par la découverte du secret mais son chagrin est complètement noyé par un autre événement. 

J’en viens au deuxième point qui m’a gêné, c’est le côté brouillon du roman, ce n’est pas tant les aller-retours dans le passé et le présent, mais l’évocation d’un passé récent dans le temps présent m’a souvent interrogé sur le moment où l’on était, j’ai relu quelques pages plusieurs fois pour comprendre qui parlait, le moment où l’on était.Même si l’effet semblait voulu par l’autrice, cela n’avait pas l’effet d’une surprise mais plutôt une gêne pour l’histoire.  De même certains faits sont un peu confus pour le lecteur et jamais éclaircis. 

Bref, une lecture en demi-teinte, je suis allée au bout car j’avais envie de connaître la fin, on se laisse prendre au jeu, mais une fois refermé, je ne me suis pas sentie satisfaite de cette lecture. 

 

Juste avant le bonheur – Agnès Ledig

41azgsgu0gl-_sx210_Juste avant le bonheur – Agnès Ledig – Pocket (2014). Je voulais découvrir cette autrice depuis un moment, j’en ai beaucoup entendu parler, en bien la plupart du temps, c’est ce qui m’a décidé, mais on m’a décrit aussi la part sombre de ses romans. J’ai tenté et j’ai bien aimé.

L’histoire c’est celle d’une caissière de supermarché qui croise le chemin d’un homme bienveillant touché par cette jeune fille qu’il voit pleurer. Il décide de la revoir et lui propose même de partir en vacances avec elle et son fils. C’est un peu gros, mais lancé dans l’histoire on se laisse prendre au jeu. On se dit et pourquoi pas ? Pourquoi vit-on dans un tel monde que personne ne pourrait par simple envie, par simple gentillesse proposer son aide à quelqu’un. C’est une occasion idéale pour la jeune fille de sortir de ses problèmes matériels quotidiens, de montrer à son fils la mer pour la première fois. 

Evidemment si dès le début tout se passe bien, la vie n’est pas aussi simple et elle comporte des épreuves qu’il faut traverser parce qu’on n’a pas le choix, parce que jamais on ne peut revenir en arrière et qu’il faut composer avec ce que l’on nous donne, les cadeaux comme les malheurs. C’est un peu la leçon de ce roman. Mais on sent que c’est écrit avec beaucoup de sensibilité car même si c’est triste, on trouve beaucoup de force dans cet ouvrage, beaucoup de poésie, d’humour aussi. Il ne s’agit pas d’un roman feel-good au vu du thème traité mais tout de même, le roman est comme une invite devant les aléas de la vie en général à s’accrocher, de saisir toutes les choses positives qui peuvent se présenter. 

Ce n’est pas le roman qui révolutionne notre manière de penser, de voir les choses, mais c’est un roman touchant. Les événements s’enchaînent parfois un peu rapidement, les histoires d’amour de tissent de manière expresse, bref, ce n’est pas forcément le plus important. Les dénouements heureux font vraiment l’effet d’un happy-end où l’on ajoute bonne nouvelle sur bonne nouvelle. Qu’importe ! Au final j’ai tout de même adhéré, je me suis laissée embarqué dans cette histoire. J’ai vibré avec le personnage principal, presque pleuré et à la fin heureuse que la conclusion soit joyeuse. Et oui le roman s’intitule bien Juste avant le bonheur… On ne peut rester sur autant de malheurs… C’est donc loin d’être un roman léger et pourtant je le conseillerai bien pour se changer les idées, pour retrouver la joie de vivre, voir tout ce qu’il y a de beau autour de nous, pour savourer les belles choses et surtout s’agripper aux bras tendus. 

Un roman touchant, beaucoup d’émotions. 

 

Les revenants – Laura Kasichke

515lsbnz1zl-_sx210_Les revenants – Laura Kasichke, Le Livre de Poche, 2013. Etant jusque-là une inconditionnelle de Laura Kasichke, je poursuis ma lecture de l’autrice. Il me reste encore quelques romans à découvrir, mais je compte lire tout ce qu’elle écrit, je suis sous le charme de sa plume et de ses histoires sombres. Ma dernière lecture remonte à Esprit d’Hiver.

Ce roman commence assez fort par un accident de voiture, deux jeunes étudiants impliqués Nicole et Craig, et un témoin Shelly. On retrouve ces personnages quelque temps après, sur le campus de l’université, malheureusement Nicole est décédée des suites de l’accident. Craig est considéré comme responsable. Cependant pour Shelly, rien ne colle, les versions des journaux ne relatent pas la vérité et l’accusent d’avoir tardé à appeler les secours. Et puis, les mystères se multiplient car le fantôme de Nicole apparaît à plusieurs reprises sur le campus et différentes personnes témoignent l’avoir vu. Une histoire à devenir fous.

Autant le dire tout de suite, c’est un roman assez long que j’ai adoré, l’autrice laisse les choses se mettre en place, elle place bien le décor, les personnages, toute une ambiance se met en place. Les personnages au-delà de leurs liens entre eux ont des problématiques personnelles, ainsi Laura Kasichke ne fait pas que raconter une histoire, comme toujours elle dépeint une société américaine en crise, celle notamment qui met à mal les couples, les étudiants qui essaient de se construire une place dans le monde. 

Autre thème récurrent : le blizzard qui vient s’ajouter à une atmosphère de plus en plus oppressante. C’est un peu comme un piège qui se referme, ou une manière de rester cloitrer chez soi, un peu comme les secrets qui se révèlent ou justement qu’on étouffe. En effet, ce qu’on retrouve ici, c’est bien les secrets, les apparences qui se dévoilent, se transforment au gré des envies ou aux dépens des personnages. Difficile d’en dire plus pour ne pas révéler toute l’intrigue. Et même si une centaine de pages avant la fin, le lecteur comprend ce qui se trame, la conclusion n’arrive qu’à la fin du roman, rien n’est joué. Rien n’est blanc ou noir, il y a du gris partout dans ce roman, c’est flou, on pense avoir les réponses et finalement elles nous échappent. La vérité n’éclate jamais au grand jour. 

C’est un livre avant tout tragique, le fantastique malgré le titre n’a que très peu de place, les mystères en revanche font le sel de ce roman. L’écriture, même s’il s’agit de traduction, est un vrai plaisir, car elle est soignée, dans le détail. On prend son temps pour dépeindre, les lieux, l’atmosphère et c’est ce qui fait que j’ai été happé par ce livre. Ce n’est pas celui de l’autrice que je préfère mais c’est une expérience de lecture que je n’oublierai pas de sitôt. 

A lire pour une lecture prenante, une description des campus américain un peu glauque, loin des paillettes et au plus près de la réalité, un roman plein de mystères.